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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306983

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306983

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2023 et le 3 mai 2024, M. C B D A, représenté par Me Singh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui accorder durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps plein dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'apporte pas la preuve que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu de façon collégiale et à l'issue d'une délibération de ses membres ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Guiral a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D A, ressortissant congolais né le 20 janvier 1980 à Brazzaville (République du Congo), est entré en France le 22 janvier 2020 muni d'un visa touristique. Il a sollicité le 20 septembre 2021 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 août 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, qui disposait, en vertu de l'arrêté n° 2022-0220 du

7 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de cette préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions de refus de séjour et les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

3. La décision de refus de séjour vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne les termes de l'avis du collège de médecins de l'OFII, dont le préfet a entendu s'approprier la teneur, et énonce, de manière suffisamment précise, les motifs de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour. Cette décision, dont la motivation n'est pas stéréotypée, est dès lors suffisamment motivée en fait et en droit.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. Les articles L. 425-9, R. 425-11 à R. 412-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé ont institué une procédure particulière au terme de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'OFII, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci.

6. M. B D A ne peut utilement soutenir que l'avis du collège de médecins de l'OFII doit résulter d'une délibération collégiale de ses membres dès lors que les trois médecins signataires de cet avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun d'eux à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de caractère collégial de l'avis médical du collège de médecins de l'OFII doit être écarté comme inopérant.

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

8. Pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant en qualité d'étranger malade, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé, au regard de l'avis médical du collège de médecins de l'OFII du 2 mars 2022, que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. B D A soutient qu'il souffre depuis plusieurs années d'une ostéonécrose sévère des hanches et des épaules et qu'en raison de l'impossibilité de se faire soigner en République du Congo, son médecin traitant a préconisé une évacuation sanitaire vers la France. S'il produit à cette fin une attestation en date du 24 mai 2019 dudit médecin qui, notamment, précise que l'ostéonécrose aseptique multifocale d'étiologie justifie une arthroplastie des deux hanches, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié en France d'une opération chirurgicale et de la pose de deux prothèses de hanche. Les deux certificats dont se prévaut le requérant, établis le 31 mai 2023 par un médecin rhumatologue et le 30 mai 2023 par un ophtalmologiste qualifié, lesquels se bornent à mentionner qu'il présente " des affections invalidantes des 2 épaules et des 2 hanches nécessitant des soins réguliers et des opérations étalées dans le temps ", ainsi qu'un " glaucome chronique dans les deux yeux nécessitant un traitement et un suivi médical à vie ", ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur les conséquences pour l'intéressé de l'absence de traitement. Il en va de même du troisième certificat médical du 31 mai 2023 émanant du même médecin rhumatologue, qui, s'il indique que " l'ostéonécrose des épaules nécessite une intervention chirurgicale " et que " cette opération s'intègre dans un protocole de soins étalé dans le temps ", n'est pas suffisamment précis pour établir que le défaut de traitement pourrait avoir pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance alléguée par M. B D A que les soins appropriés que requiert son état de santé ne soient pas disponibles dans son pays d'origine est dès lors sans incidence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de faire droit à sa demande de titre de séjour.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B D A est entré en France pour la première fois le 22 janvier 2020 sous couvert d'un visa touristique à l'âge de quarante ans. Outre la brève durée de son séjour sur le territoire français, le requérant ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle. Si M. B D A soutient que sa mère et ses sœurs séjournent régulièrement en France, il n'établit pas, par la seule production de leurs titres de séjour, entretenir avec ces personnes des liens affectifs particuliers. Il ne ressort pas enfin des pièces du dossier que, comme il a été dit au point 8, le défaut de traitement médical entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, compte tenu de la situation personnelle du requérant qui ne fait état d'aucun obstacle de nature à s'opposer à ce qu'il retourne dans son pays d'origine où il a vécu quarante ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de titre de séjour a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

11. Selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales s'opposent à l'éloignement d'une personne gravement malade dans le cas où il existerait des motifs sérieux de croire que cette personne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l'absence de traitements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d'accès à ceux-ci, à un risque réel d'être exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie. Il ne résulte pas de ce qui a été dit ci-dessus que les pathologies dont est atteint M. B D A atteindraient un niveau d'une particulière gravité ni qu'il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé ainsi qu'à une réduction significative de son espérance de vie. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur appréciation en fixant la République du Congo comme pays à destination duquel le requérant doit être renvoyé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de la décision qui refuse la délivrance d'un titre de séjour à M. B D A, soulevée par celui-ci au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français et que l'exception d'illégalité de cette dernière décision, soulevée au soutien des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination du requérant, doivent être écartées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B D A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B D A, à Me Singh et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- M. Guiral, premier conseiller,

- Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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