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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307057

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307057

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantBOUNDAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, M. E C A, représenté par Me Aguirre-Gutierrez, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la suppression de son inscription aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, subsidiairement, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi n'est pas établie ;

- ces décisions méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de garanties de représentation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces enregistrées au greffe du tribunal le 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Boucetta, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Boucetta.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant colombien né le 11 août 2001 à Cartago, déclare être entré en France en octobre 2022. Par l'arrêté attaqué du 10 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. Par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 régulièrement publié au bulletin des informations administratives de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau de l'asile, pour signer la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre les seules décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. C A soutient qu'il est exposé à des menaces de mort dans son pays d'origine qu'il a été contraint de fuir avec son frère. Toutefois, l'intéressé, dont la présence en France est particulièrement récente, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Il n'établit pas davantage l'intensité des liens personnels dont il se prévaut en France et a déclaré, lors de son audition par les services de police le 10 juin 2023, que sa compagne et son fils âgé de deux ans résident en Colombie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Le requérant ne fournit aucun élément de nature à établir qu'il encourrait le risque de subir des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est utilement invocable qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, ni de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les moyens dirigés contre la seule décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que l'indique le préfet dans les motifs de sa décision, que M. C A n'a communiqué aucune adresse, ni document de nature à justifier une résidence effective et permanente. En outre, s'il affirme disposer de garanties de représentation, il ne présente pas de documents d'identité en cours de validité. Il a déclaré, lors de son audition par les services de police, ne pas vouloir repartir dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation soulevé à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire.

Sur les moyens dirigés contre la seule interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. M. C A est présent en France depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée et ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale, ni de liens d'une particulière intensité en France, alors qu'il a indiqué, lors de son audition, que sa compagne et son fils âgé d'un an résidaient dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. C A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C A, à Me Aguirre Gutierrez et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La magistrate désignée,

H. BOUCETTA

La greffière,

S. LE BOURDIEC

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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