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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307089

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307089

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juin et le 4 septembre 2023, M. C D, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de communiquer dans l'instance l'intégralité des pièces ayant permis de prendre sa décision ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin à son inscription aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie ;

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le deuxième alinéa du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 612-1 du même code, dès lors que l'administration ne démontre pas que le risque de fuite est établi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la compétence de l'auteur de la décision n'est pas établie ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 721-4 du même code ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il a été privé d'une garantie, faute d'avoir été informé des modalités d'exécution de la décision prévues à l'article R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article R. 613-6 du même code ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces enregistrées au greffe le 6 juillet et le 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Boucetta, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boucetta,

- et les observations de Me Gabory substituant Me Namigohar, représentant M. D, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête et soulève un moyen tiré de ce que le préfet mentionne à tort qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire national.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 16 janvier 1998, déclare être entré en France en 2018. A la suite de son interpellation, il a fait l'objet d'un arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination de la mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. M. D demande au tribunal, par la présente requête, l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la production de l'entier dossier :

3. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

4. La décision contestée ayant été produite, l'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. D détenu par l'administration.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

5. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 régulièrement publié au bulletin des informations administratives de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A B, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, pour signer la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

6. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il est fait application, en particulier le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose de manière suffisamment précise la situation personnelle et administrative de M. D, notamment en indiquant la durée de sa présence et la nature des liens qu'il entretient en France. L'arrêté ajoute qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement et que son comportement doit être regardé comme constituant une menace à l'ordre public. Enfin, l'arrêté indique que M. D n'établit pas qu'il encourt un risque d'être soumis à des tortures ou à des traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la seule obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de sa situation. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

8. En deuxième lieu, M. D déclare être entré en France en 2018, sans toutefois l'établir. En outre, l'intéressé, célibataire et sans charge, ne justifie pas entretenir des relations étroites et pérennes en France. A cet égard, la circonstance qu'il réside chez son frère, titulaire d'un certificat de résidence, ni celle, à la supposer même établie, que ses oncles et tantes se trouveraient en France ne permettent pas de démontrer qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. S'il justifie exercer un emploi à temps complet sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, cette expérience professionnelle récente ne reflète pas une insertion socio-professionnelle significative sur le sol français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et en l'absence de toute autre précision, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il est constant que cette décision n'a pas été prise par le préfet en réponse à une demande de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, si M. D soutient à la barre qu'il est entré régulièrement sous couvert d'un visa en vue de participer à un évènement sportif, il n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations. Par suite, ce moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les moyens dirigés contre la seule décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, M. D ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

14. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. D, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le fait que l'intéressé ne pouvait justifier être entré sur le territoire français régulièrement et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il était dépourvu de document de voyage en cours de validité, n'a pas déclaré le lieu de sa résidence effective et permanente, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et a été interpellé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et constitue dès lors une menace à l'ordre public. Ainsi, quand bien même il ne constituerait pas, par son comportement, une menace à l'ordre public au regard des seules circonstances qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement et ne présente aucun document d'identité ou de voyage, le préfet pouvait sans commettre d'erreur de droit, ni d'appréciation, obliger le requérant à quitter le territoire français sans délai parce que le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement peut être regardé comme établi. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire.

Sur les moyens dirigés contre la seule décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, M. D ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

17. En second lieu, M. D n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il encourt un risque de torture ou de traitements inhumains et dégradants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les moyens dirigés contre la seule interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, M. D ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

20. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'omission par l'administration de procéder à la mesure d'information prévue par les dispositions de l'article R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reprises à l'article R. 613-6 du même code ne peut être utilement soulevé.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

22. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français moins de trois ans avant l'édiction de la décision attaquée et ne justifie pas de relations personnelles, professionnelles ou familiales d'une intensité particulière en France. Par ailleurs, il est constant que le requérant n'a pas sollicité, depuis son arrivée en France, de titre de séjour. Dans ces conditions, quand bien même il ne constituerait pas, par son comportement, une menace à l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées.

23. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Namigohar et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La magistrate désignée,

H. BOUCETTA

La greffière,

S. LE BOURDIECLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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