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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307154

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307154

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantAZGHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, M. D C, représenté par Me Azghay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de l'autoriser à présenter une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié ", à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit ; elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit ; elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'examen de la requête relève de la compétence du tribunal administratif de Paris ;

- à supposer que le tribunal administratif de Montreuil soit compétent, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Charageat a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 4 décembre 1941 à Zemmoura, a déposé le 21 octobre 2022 une demande de certificat de résidence auprès du préfet de police de Paris. Par un arrêté du 12 mai 2023, ce préfet a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. M. C soutient qu'il a bénéficié de titres de séjour depuis l'année 2017 et que son épouse réside régulièrement en France. Toutefois, il n'établit pas que son épouse aurait été admise à séjourner sur le territoire français par le seul jugement du 19 décembre 2022 dont il se prévaut. En effet, par ce jugement, le tribunal administratif de Montreuil a certes annulé l'arrêté préfectoral du 15 juin 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à son épouse et prononçant l'encontre de celle-ci une obligation de quitter le territoire français mais a uniquement enjoint au préfet de police de réexaminer sa situation. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France le 21 janvier 2017, soit à l'âge de soixante-seize ans. Dans ces conditions, bien que le requérant justifie avoir été titulaire d'un titre de séjour valable un an à compter du 21 juillet 2020 et allègue que sa fille réside en France, la décision attaquée, qui n'est pas entachée d'erreur de fait, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, si M. C soutient que le titre de séjour qu'il sollicite n'exige pas une prise en charge par les ascendants et invoque à cet égard les stipulations de l'article 6, paragraphe 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il n'établit pas avoir présenté de titre de séjour sur ce fondement. En tout état de cause, il résulte de ce qui est dit au point 3 que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

5. En troisième lieu, si M. C soutient qu'il devait solliciter la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et qu'il réside en famille avec sa fille et son épouse, il n'apporte par ces allégations aucune précision suffisante sur l'erreur de droit qu'il entend invoquer.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01543 du 30 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial du département de Paris du même jour, le préfet de police a donné à M. A B, adjoint à la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés délégation pour signer notamment la décision en litige. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision, qui manque en fait, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée fait suite à une décision de refus de titre de séjour. Elle a ainsi pour fondement les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle n'avait pas à faire l'objet, conformément à l'article L. 613-1 du même code, d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre, laquelle est suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. () / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a, au b, au c, et au g : () / b) à l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge () ".

9. Si M. C déclare avoir déposé une demande de certificat de résidence sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en tout état de cause il ne l'établit pas. En outre, il ne conteste pas avoir déposé une demande de certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 bis du même accord. Enfin, il n'allègue pas qu'il répondrait aux conditions fixées par ce texte pour obtenir un certificat de résidence.

10. En quatrième lieu, la mention, dans l'arrêté attaqué, selon laquelle M. C est entré en France le 21 janvier 2021, alors que cette entrée est survenue le 21 janvier 2017, relève de la simple erreur de plume qui est dépourvue d'incidence sur la légalité de la décision en litige.

11. En cinquième lieu, il résulte de ce qui est dit au point 4 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6, paragraphe 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du droit du requérant d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ne peut qu'être écarté, à le supposer soulevé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris en date du 12 mai 2023 ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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