lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2307156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2023 et le 21 juin 2023, M. C A, représenté par Me Maillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel la préfète de la région Centre-Val de Loire, préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou à défaut de réexaminer sa situation, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État, outre les dépens de l'instance, une somme de 1800 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entaché d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entachée d'erreurs de droit, dès lors, d'une part, qu'il a déposé une demande de titre de séjour, d'autre part, que sa situation n'a pas été examinée ; ;
- méconnaît les dispositions du 5°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 et L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- méconnaît l'articles 3-1 de la convention Internationale des droits de l'enfant, alors que l'intérêt supérieur de l'enfant s'analyse au regard des articles 9 et 16 de cette convention.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 25 octobre 1994 à Lagos (Nigéria), fait valoir être entré régulièrement en France le 30 mai 2020 et y résider depuis lors. Il a présenté une demande d'asile rejetée par une décision du 9 décembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 24 janvier 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 23 mai 2023, dont il demande l'annulation, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision en date du 4 juillet 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fins d'annulation
3. Par un arrêté n° 45-2023-141 du 9 mai 2023, régulièrement publié le 10 mai 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 45-2023-141 de la préfecture du Loiret, la préfète de la région Centre- Val de Loire, préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les décisions contenues dans cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mesure d'éloignement attaquée doit être écarté.
4. L'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 611-1 4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la mesure d'éloignement litigieuse, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit. La décision attaquée précise, en fait, que la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision du 9 décembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 24 janvier 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La décision attaquée indique également que le requérant ne justifie pas, en France, d'une situation personnelle et familiale à laquelle il serait porté une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. La décision attaquée contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé la préfète pour obliger le requérant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ()"
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant d'édicter cet arrêté. Le requérant fait valoir que, préalablement à l'édiction de son arrêté, la préfète n'a pas examiné la demande de titre de séjour qu'il avait présentée le 21 mars 2023. Toutefois, d'une part, la circonstance tenant à la présentation d'une demande de régularisation n'oblige pas le préfet à surseoir à l'édiction d'un arrêté jusqu'à ce qu'il ait été statué sur cette demande. D'autre part, si M. A produit un courriel de la direction des migrations et de l'intégration en date du 21 mars 2023 confirmant le dépôt de son dossier et une attestation de dépôt dématérialisée en date du 5 avril 2023 d'une demande de titre de séjour de plein droit sur le site Démarches simplifiées, ces documents ne sont pas au nombre des documents mentionnés au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. A, dont la demande d'asile a été rejetée, comme il a été dit, se trouve dans le cas, prévu au 4°) du même article, dans lequel un étranger peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dans ses deux branches.
7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / ()5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
8. En l'espèce, M. A soutient qu'il ne peut pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il est le père d'un enfant français, né le 8 décembre 2022, à l'entretien et à l'éducation duquel il contribue. Il n'est pas contesté que M. A, qui produit l'acte de naissance de l'enfant et son livret de famille, est le père de cet enfant. Toutefois, le requérant n'établit pas, en se bornant à produire le carnet de santé de l'enfant et une attestation de contrat de fourniture d'électricité du 17 décembre 2022 au 15 mars 2023 édité à son nom et à celui de sa concubine, qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, comme les dispositions précitées du 5°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le requièrent. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées du 5°) dudit article.
9. Le requérant ne peut utilement se prévaloir dans la présente instance du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles instituent, dans les cas qu'elles prévoient, une obligation de procédure applicable à l'examen de certaines demandes de titre de séjour et non au prononcé d'une mesure d'éloignement.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant et notamment celles concernant la séparation de ses parents ou les immixtions dans sa vie privée et sa famille.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en mai 2020 à l'âge de vingt-cinq ans et n'y résidait, à la date de l'arrêté litigieux, que depuis trois ans. Si le requérant soutient vivre en concubinage avec une ressortissante française, il ne justifie pas la réalité d'une communauté de vie effective avec elle en produisant un unique document attestant qu'il est titulaire d'un contrat d'électricité depuis le 17 décembre 2022 jusqu'au 15 mars 2023. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 8, que M. A contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec son enfant des liens affectifs. Dans ces conditions, compte tenu de la situation personnelle du requérant, le préfet n'a méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en l'obligeant à quitter le territoire français.
12. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2023 de la préfète du Loiret. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés du litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la région Centre-Val de Loire, préfète de Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
Le magistrat désigné,
L. B La greffière,
D. Bakouma
La République mande et ordonne à la préfète de la région Centre-Val de Loire, préfète du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026