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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307223

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307223

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, la société civile immobilière (SCI) AB Investissements demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le maire de la commune du Blanc Mesnil a préempté la parcelle cadastrée section AM n°229, située 22 avenue Paul Vaillant Couturier, pour un montant de 330 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Blanc Mesnil une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI AB Investissements soutient que la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et que le projet d'aménagement au titre duquel le droit de préemption urbain a été exercé est dépourvu de réalité, en méconnaissance des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 12 juillet 2023, M. A, propriétaire de la parcelle objet de l'arrêté de préemption, représenté par Me Balbo, déclare s'en remettre à l'appréciation du tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, la commune du Blanc Mesnil, représentée par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que l'unique moyen qu'elle estime soulevé par la requérante, tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté, n'est pas fondé.

Par ordonnance du 12 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 janvier 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Renault, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- les observations de Me Lopez, représentant la commune du Blanc-Mesnil.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 avril 2023, le maire du Blanc Mesnil a préempté la parcelle cadastrée section AM n°229, située 22 avenue Paul Vaillant Couturier, appartenant à M. A pour un montant de 330 000 euros. La SCI AB Investissements, bénéficiaire d'une promesse de vente conclue le 6 février 2023 avec le propriétaire de la parcelle préemptée, demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision de préemption contestée, après avoir visé et cité les textes applicables, se réfère à la délibération du 1er octobre 2020 par laquelle la ville du Blanc Mesnil a accepté la délégation du droit de préemption urbain par l'établissement public territorial (EPT) Paris Terres d'Envol de manière ponctuelle sur les six périmètres de " veille foncière " prévus dans la convention d'intervention tripartite entre l'établissement public foncier d'Île-de-France (EPFIF), la ville du Blanc-Mesnil et l'ETP Paris Terres d'Envol, ainsi qu'à la délibération n°2021-09-12 du 4 septembre 2021 donnant délégation du conseil municipal au maire certaines attributions en application de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, dont le pouvoir d'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, se borne à indiquer que " [le] bien se situe sur l'avenue Paul Vaillant Couturier, seule (sic) axe majeur du Sud de la Ville, destinée à être valorisée par la réalisation de nouvelles constructions constituant un front bâti urbain ". Toutefois, alors que ni la délibération du 1er octobre 2020, ni la délibération du 4 septembre 2021 ne font référence à un quelconque projet d'aménagement, la délibération du 14 mars 2019, à laquelle se réfère la commune en défense, qui n'est, au demeurant, pas citée dans la motivation de l'arrêté de préemption, se borne à se référer à " l'évolution des statuts de l'EPFIF " permettant " aux villes () tel que Le Blanc-Mesnil " de " faire porter par l'EPFIF les terrains dans les secteurs d'intervention définis par la convention, afin d'y réaliser un programme de logements 100% libre sans contrepartie d'exigence de réalisation d'un pourcentage de logements sociaux " et à indiquer que " face aux enjeux de développement urbain et à l'évolution du projet urbain de la Ville du Blanc-Mesnil, il convient de prévoir de nouveaux périmètres d'intervention de l'EPFIF " et que " six périmètres ont été définis en veille foncière : () Avenue Paul Vaillant Couturier " () ". Ces seules mentions, directes ou par référence à différentes délibérations de la commune, ne permettent pas d'identifier la nature de l'opération d'aménagement poursuivie et en tout état de cause, la réalisation d'un programme de logements 100% libre sans contrepartie d'exigence de réalisation d'un pourcentage de logements sociaux ne saurait être regardée à elle seule comme une opération d'aménagement et d'amélioration de la qualité urbaine de certains périmètres délimités. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que la décision de préemption attaquée est insuffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.

5. D'autre part, en ne faisant état d'aucun projet d'aménagement déterminé, et se bornant à reprendre en défense les motifs de l'arrêté attaqué, selon lequel le bien se situe sur un axe majeur de la commune, dans un secteur destiné à être revalorisé, et que l'acquisition permettra la mise en œuvre du projet de nouvelles constructions sur le front bâti de l'avenue Paul Vaillant Couturier, la commune ne peut être regardée comme justifiant d'un projet d'action ou d'une opération d'aménagement d'un intérêt général suffisant, existant à la date de l'arrêté attaqué et permettant de fonder valablement la mise en œuvre du droit de préemption sur les biens immobiliers en cause. Par suite, le moyen tiré de ce que l'opération d'aménagement au titre de laquelle le droit de préemption urbain a été exercé est dépourvu de réalité, que, contrairement à ce que soutient la commune, la SCI AB Investissements a bien entendu soulever, doit être accueilli.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI AB Investissements est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que lui réclame la commune du Blanc Mesnil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas davantage lieu, alors que la société requérante n'établit pas avoir engagé des frais dans le cadre de ce litige, de mettre à la charge de la commune du Blanc Mesnil la somme demandée au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 avril 2023 du maire de la commune du Blanc Mesnil est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 3 : Les conclusions de la commune du Blanc Mesnil présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière AB Investissements, à M. A et à la commune du Blanc Mesnil.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- Mme Renault, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La rapporteure, La présidente, Th. Renault A-L DelamarreLa greffière,I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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