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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307284

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307284

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAZOGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 juin et 19 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Azogui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel, ou, à défaut, d'une durée de validité d'un an, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; en tout état de cause, de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû saisir la commission du titre de séjour pour avis préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 7 octobre 2022 indique qu'il ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard à l'absence d'offre de soins dans son pays d'origine, démontrée par l'avis de l'OFII du 7 octobre 2022 et confortée par les certificats médicaux qu'il verse aux débats ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est le père d'un enfant français mineur ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 3°, 5° et 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny du 9 mai 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hardy a été entendu.

Aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant angolais né le 1er avril 1971, est entré en France, selon ses déclarations, en 2004. Il a sollicité, le 11 octobre 2022, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notamment mentionné qu'il résultait de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Cependant, il résulte de l'avis rendu le 7 octobre 2022 par le collège de médecins de l'OFII que l'intéressé ne pourra pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, M. A verse au dossier quatre certificats médicaux établis par la cheffe de service de médecine interne du centre hospitalier intercommunal de Créteil qui assure son suivi médical, datés des 19 novembre 2016, 10 février 2021, 27 février et 23 mai 2023, dont il ressort qu'il fait l'objet d'une infection par le VIH compliquée d'un SIDA avec infections opportunistes, dont notamment, dernièrement, un lymphome de Burkitt en rémission, ainsi qu'une myocardite virale et des pneumopathies bactériennes. Ces certificats précisent que l'actuel traitement antirétroviral de l'intéressé, composé de Delstrigo et Prezista, constitue une huitième ligne de traitement en raison de sa résistance virale, et que son suivi médical ainsi que ce traitement ne sont pas disponibles dans son pays d'origine. Tant l'avis du collège de médecins de l'OFII que les éléments médicaux apportés par M. A sont de nature à établir que son état de santé justifie le renouvellement de son titre de séjour. Si le préfet s'est également fondé sur la menace à l'ordre public que constitue M. A pour refuser de renouveler son titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision sans se fonder sur le motif tiré de l'accès effectif à son traitement médical en Angola. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique, d'une part, que le préfet de la Seine-Saint-Denis, ou le préfet devenu territorialement compétent, délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en sa qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, et qu'il mette fin à son signalement dans le système d'information Schengen. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Azogui, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Azogui de la somme de 1 000 euros.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 20 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en sa qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, et de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Azogui une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Azogui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Laforêt, premier conseiller,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La rapporteure,

M. Hardy Le président,

A. Myara

Le greffier,

L. Dionis

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet devenu territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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