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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307366

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307366

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, l'établissement public territorial Est Ensemble, représenté par Me Alexandre Vandepoorter (SELAS Seban et Associés), demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de la SARL FBSH qui occupe sans droit ni titre l'espace café/restauration du cinéma Ciné 104, situé au 104, Avenue Jean-Lolive, 93500 Pantin, et de tous occupants de son chef, dans un délai de 72 heures à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ainsi que l'évacuation à leurs frais et risques de l'ensemble des biens qui leur appartiennent ;

2°) de juger que l'établissement public territorial Est Ensemble pourra, passé ce délai, procéder à l'expulsion des occupants sans titre et à l'évacuation, à leurs frais et risques, de l'ensemble des biens qui leur appartiennent, au besoin avec le concours de la force publique et d'un serrurier ;

3°) de juger que tous les frais qui pourraient résulter de l'expulsion et de l'évacuation, ainsi que tous les frais qui pourraient être nécessaires à la remise en état de l'espace café/restauration du cinéma Ciné 104, situé au 104, Avenue Jean-Lolive, 93500 Pantin, seront solidairement à la charge de la SARL FBSH, de son gérant, Monsieur A B, ainsi que de tous occupants de leur chef ;

4°) de décider que l'ordonnance à intervenir sera exécutoire aussitôt qu'elle aura été rendue, en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;

5°) de mettre solidairement à la charge de la SARL FBSH, de M. A B ainsi que de tous occupants de leur chef une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le juge des référés du Tribunal administratif de Montreuil est compétent pour connaître de sa requête puisque la dépendance occupée sans droit ni titre appartient au domaine public ; qu'en effet, le cinéma public Ciné 104 appartient au domaine public affecté à Est Ensemble car il est affecté au service public culturel au prix d'un aménagement indispensable à l'exécution de ce service ; que les espaces qui composent le cinéma, dont le Vertigo, qui est un espace ouvert dans l'enceinte du cinéma et qui concourt au fonctionnement du cinéma lui-même, appartiennent également au domaine public affecté à Est Ensemble ;

- sa requête est recevable puisqu'en tant qu'affectataire de la dépendance illégalement occupée, il est recevable à poursuivre devant le juge administratif l'expulsion de tous occupants irréguliers de cette dernière ;

- la mesure d'expulsion sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ; qu'elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse dans la mesure où la SARL FBSH occupe sans droit ni titre une dépendance du domaine public ; qu'elle est utile ; qu'elle est justifiée par une urgence certaine dans la mesure où, d'une part, l'occupation irrégulière de la dépendance fait obstacle à la réalisation des travaux de rénovation du Vertigo auxquels Est Ensemble s'était engagé dans le cadre d'un nouvel appel à projets, d'autre part, l'occupation irrégulière menace la réalisation du projet porté par son lauréat, l'agence TAKOTAK, d'une troisième part, la SARL FBSH ne s'acquitte pas des sommes dont elle est normalement redevable en contrepartie de l'occupation du domaine public ;

- il y a lieu d'assortir la mesure d'expulsion d'une astreinte de 500 euros par jour de retard dès lors que la SARL FBSH n'a pas jugé bon de libérer les lieux à la suite des mises en demeure qui lui ont été adressées.

La requête a été communiquée à la SARL FBSH et à M. B qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

La procédure a été communiquée à la commune de Pantin, en qualité d'observateur, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ;

- la loi du 24 mai 1872 ;

- le code général de la propriété des personnes publiques et notamment ses articles L. 2111-1 et L. 2111-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 juillet 2023 à 11h00, tenue en présence de M. Nezhadahmadi, greffier d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Salzmann, juge des référés, qui informe en outre les parties, sur le fondement des dispositions des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative, du moyen d'ordre public, qu'elle est susceptible de relever d'office, tiré de l'incompétence du juge administratif pour se prononcer sur la demande d'expulsion du fait de l'appartenance du bien en litige au domaine privé de la commune de Pantin ;

- les observations de Me Vandepoorter, représentant l'établissement public territorial Est Ensemble, qui persiste dans les conclusions de sa requête par les moyens figurant dans ses écritures, en ajoutant, s'agissant de la compétence de la juridiction administrative, que les faits de l'espèce sont différents de ceux qui ont donné lieu à la décision du Conseil d'Etat du 28 décembre 2009, dite Brasserie du théâtre, que le restaurant est ouvert sur le cinéma et n'est ni fermé ni clos, que le public peut accéder au Vertigo en passant par le cinéma, que dans la convention d'occupation du domaine public conclue avec la SARL FBSH, le droit d'occupation du domaine public ne concerne pas les baies vitrées qui ferment le restaurant-bar sur l'extérieur face à l'avenue Jean-Lolive parce que les agents du cinéma y apposent des affiches, qu'ainsi les parois vitrées du restaurant participent au service public culturel auquel est affecté le cinéma et que cette circonstance est de nature à conférer à la dépendance occupée la qualification de dépendance du domaine public, que le cinéma ne peut pas fonctionner normalement sans le Vertigo ou si le Vertigo est vendu pour un objet différent, que la date à prendre en compte pour la domanialité publique est celle de l'existence du Vertigo qui remonte à une date postérieure au 1er juillet 2006 et, s'agissant de l'urgence à prononcer l'expulsion sollicitée, que si le 30 juin la café a fermé et qu'il y a deux jours des personnes sont venues retirer des meubles de l'espace occupé, il n'y a pas eu d'état des lieux de sortie, les occupants n'ayant pas prévenu Est Ensemble de leur départ ni ne lui ont remis les clés des locaux, que lundi prochain, Est Ensemble doit absolument commencer les travaux de rénovation du Vertigo car les entreprises chargés de ces travaux viendront sur place à cette date, qu'enfin Est Ensemble ne souhaite pas que l'on lui reproche de commettre une voie de fait lundi prochain en faisant débuter les travaux et en changeant les serrures du Vertigo ;

Les défendeurs n'étant ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Au terme d'un appel à candidatures, une convention d'occupation du domaine public portant sur l'espace café/restauration, inauguré en 2015 et dénommé " Le Vertigo ", du cinéma " Ciné 104 ", situé dans la commune de Pantin, au 104, Avenue Jean-Lolive, a été conclue le 21 octobre 2015 entre l'Etablissement public territorial Est Ensemble, affectataire de ce cinéma appartenant à la commune de Pantin, et la société SARL FBSH, dont le gérant est M. A B. La convention avait pour objet d'autoriser l'occupation de cet espace en vue uniquement de la gestion et de l'exploitation d'une activité de restauration et de débit de boissons dans l'enceinte du cinéma Ciné 104. Conclue pour une durée initiale de deux ans, sa durée a été prolongée jusqu'au 31 décembre 2022 par deux avenants successifs intervenus les 29 mars 2016 et 6 octobre 2021. En prévision de ce terme, Est Ensemble a lancé un nouvel appel à projets courant 2022 pour attribuer une nouvelle convention d'occupation du domaine public portant sur l'exploitation du restaurant-bar à compter de l'année 2023. Toutefois, la SARL FBSH, qui n'a pas fait acte de candidature, n'a pas quitté le Vertigo au terme prévu par sa convention d'occupation, soit le 31 décembre 2022. Dans ce contexte, et après plusieurs échanges avec les représentants de la SARL, une mise en demeure de quitter les lieux au 31 mai 2023 a été adressée le 17 avril 2023 par l'établissement public territorial Est Ensemble au conseil de la SARL FBSH. Après avoir constaté, le 31 mai 2023, que la SARL FBSH continuait à occuper sans titre le restaurant-bar, Est Ensemble demande au juge des référés d'ordonner, dans un délai de 72 heures à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte, son expulsion de cet espace, celle de tous occupants de son chef ainsi que l'évacuation à leurs frais et risques de l'ensemble des biens qui leur appartiennent.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Lorsqu'il est en particulier saisi d'une demande d'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, le juge des référés doit vérifier que les dépendances occupées ne sont pas manifestement insusceptibles d'être qualifiées de dépendances du domaine public dont le contentieux relève de la juridiction administrative.

En ce qui concerne la compétence de la juridiction administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 2111-2 du même code : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ". Aux termes de son article L. 2211-1 : " Font partie du domaine privé les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui ne relèvent pas du domaine public par application des dispositions du titre Ier du livre Ier () ".

4. D'autre part, le juge des référés du tribunal administratif ne peut connaître d'une requête tendant à l'expulsion d'un occupant d'immeubles relevant du domaine privé d'une personne publique que si le contrat relatif à l'occupation de ces immeubles a le caractère d'un contrat de droit public qui, à la date à laquelle il statue, n'est pas arrivé à son terme.

5. L'espace café-restaurant du cinéma Ciné 104 dénommé le Vertigo ayant été inauguré postérieurement au 1er juillet 2006, date d'entrée en vigueur de l'ordonnance relative à la partie législative du code général de la propriété des personnes publiques, le litige doit être réglé sous l'empire des dispositions susmentionnées de ce code en vigueur à la date de la présente décision.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le bien immeuble objet du litige est un espace abritant un restaurant-bar se situant dans l'enceinte du cinéma Ciné 104 sur le territoire de la commune de Pantin et faisant directement face à l'avenue Jean-Lolive. Le cinéma Ciné 104, dont il n'est pas contesté qu'il est la propriété de la commune de Pantin, est affecté au service public culturel géré en régie directe par l'établissement public territorial Est Ensemble et comprend des aménagements indispensables à l'exécution des missions de ce service public, à savoir un guichet et plusieurs salles de cinéma comprenant chacune des sièges destinés aux spectateurs et un écran géant. Par suite, le Ciné 104 appartient manifestement au domaine public de la commune de Pantin, en application des dispositions précitées de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques. Il résulte également de l'instruction que le restaurant-bar Le Vertigo n'est manifestement pas affecté à un service public en vue duquel il aurait fait l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de celui-ci en application des mêmes dispositions. Si ce restaurant-bar se situe, comme il a été dit, dans l'enceinte du cinéma, et est mitoyen de son hall d'accueil, il dispose de deux entrées distinctes de celles du cinéma et la convention d'occupation autorisant son exploitation, conclue par le requérant avec la SARL FBSH, stipule qu'il fonctionne indépendamment de l'activité du cinéma et que l'espace occupé ne peut héberger qu'une activité de restauration-bar conformément au classement des établissements recevant du public de type N duquel relève l'établissement. De plus, les horaires du Vertigo sont indépendants de ceux du cinéma Ciné 104. L'avis de publicité diffusé pour l'appel à projets lancé en 2022 afin de trouver un nouvel exploitant au terme de la convention liant le requérant à la SARL FBSH précise encore en son point 4.2 que " cet espace ne peut être utilisé que pour une activité de restauration, toute autre proposition (concert, spectacle,) est pr[o]scrite ". Enfin, il ne résulte manifestement pas de la convention conclue avec la SARL FBSH ni même de l'avis de publicité diffusé par le requérant en prévision du terme de la convention conclue avec la SARL FBSH que l'exploitant du Vertigo serait soumis à des sujétions particulières propres à faire regarder cet espace comme concourant au fonctionnement du service public culturel auquel le Ciné 104 est affecté d'une manière telle qu'il constituerait un accessoire indissociable du cinéma, en application des dispositions précitées de l'article L. 2111-2 du code général de la propriété des personnes publiques. A cet égard, la seule circonstance que l'article 5 de la convention conclue entre le requérant et la SARL FBSH impose à cette dernière de laisser aux agents du cinéma un accès aux baies vitrées du Vertigo afin d'y apposer, chaque semaine, les affiches des films programmés n'est pas de nature à conférer au bien litigieux la qualification d'accessoire indissociable du cinéma dans la mesure où il n'est pas établi, ni allégué d'ailleurs, que ces affiches ne pourraient pas être apposées sur une autre façade de l'immeuble abritant le cinéma sans nuire à l'activité de ce dernier. Par suite, en l'absence de lien d'utilité fonctionnelle entre le Vertigo et le Ciné 104 susceptible de faire regarder le premier comme appartenant, par accessoire, au domaine public de la commune de Pantin, et alors qu'il ne résulte nullement de l'instruction que la dépendance en litige serait affectée à l'usage direct du public, il s'ensuit que l'espace abritant le restaurant-bar au sein de ce cinéma est manifestement insusceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public dont le contentieux relève de la juridiction administrative.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction que la convention d'occupation liant le requérant à la SARL FBSH est arrivée à son terme le 31 décembre 2022. Il s'ensuit qu'à supposer que cette convention puisse être qualifiée de contrat de droit public, il n'existe aujourd'hui plus de lien contractuel entre les parties de sorte que le juge des référés n'est pas compétent pour se prononcer sur la demande de l'établissement public territorial Est Ensemble qui doit être regardée comme tendant à l'expulsion de l'occupante d'un immeuble relevant du domaine privé d'une collectivité publique.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la juridiction administrative est manifestement incompétente pour statuer sur la demande d'expulsion présentée par l'établissement public territorial Est Ensemble qui doit être rejetée en toutes ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL FBSH, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande l'établissement public territorial Est Ensemble au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'établissement public territorial Est Ensemble est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'établissement public territorial Est Ensemble, à la SARL FBSH et à M. A B.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune de Pantin ainsi qu'au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 13 juillet 2023

Le juge des référés,

M. SALZMANN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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