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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307607

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307607

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantAZOULAY-CADOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 23 juin 2023 et le 17 juillet 2023, Mme D A, représentée par Me Azoulay-Cadoch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail dans l'attente de la fabrication du titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de la convoquer à un rendez-vous en vue de la remise de ce récépissé dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jours de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de la convoquer à un rendez-vous en vue de la remise de ce récépissé, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son bénéfice d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- la décision est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ; il appartient au préfet d'apprécier sa situation personnelle en application de son pouvoir discrétionnaire ;

- des considérations humanitaires justifient que lui soit délivrée une carte mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation au regard du travail ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;

- les observations de Me Lebon, substituant Me Azoulay-Cadoch, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née en 2000, est entrée en France au mois de décembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 26 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Mme A sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C B, signataire de l'arrêté attaqué et chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer, notamment, l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté

3. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet mentionne que Mme A est entrée régulièrement en France, qu'elle est célibataire et sans enfant et qu'elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France. En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet indique que la situation de l'intéressée n'entre dans aucune des catégories prévues à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans que Mme A ne puisse utilement affirmer, à l'appui de ce moyen, que le préfet n'aurait pas apprécié correctement les pièces du dossier. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien précité : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée régulièrement en France au mois de décembre 2019, soit moins de quatre ans avant l'intervention de la décision attaquée. Si elle fait valoir que sa grand-mère et sa tante sont françaises et produit divers documents relatifs à sa présence sur le territoire français au cours des années 2020 à 2023, période durant laquelle elle indique avoir poursuivi des études, Mme A est célibataire, sans charge de famille, et a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans en Algérie, où la décision attaquée indique que résident ses parents. Par suite, la décision lui refusant un titre de séjour ne méconnaît ni les stipulations précitées de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation.

6. En deuxième lieu, dès lors que l'accord franco-algérien susvisé régit de manière exclusive les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale, Mme A ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, les stipulations de l'accord franco-algérien n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant algérien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. A cet égard, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu rejeter la demande de certificat de résidence algérien au vu de la situation privée et familiale situation de Mme A, laquelle ne fait état d'aucune considération humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si Mme A produit un contrat d'apprentissage conclut du 26 septembre 2022 au 30 septembre 2024, ainsi que des fiches de paie en qualité d'apprentie pour un emploi d'" aide chef de chantiers ", ces éléments ne suffisent pas à démontrer que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de titre au regard de sa situation professionnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A n'est pas fondée et doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

Mme Lançon, première conseillère,

Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

N. Gaullier-Chatagner

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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