mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2307734 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AZOGUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juin et 12 juillet 2023, M. A E, représenté par Me Azogui, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou, à défaut, une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour a statué alors qu'il avait sollicité l'aide juridictionnelle en vue d'être assisté par un avocat devant la commission ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors, d'une part, que le préfet n'a pas saisi une nouvelle fois le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à la suite de l'injonction de réexamen de sa demande prononcée par le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 30 août 2021 et, d'autre part, que le préfet ne produit pas l'avis du collège des médecins de l'OFII, ce qui ne permet pas de vérifier la régularité de la composition du collège des médecins ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 27 juin 2023, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 22 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 octobre 2023.
Par un courrier du 8 novembre 2023, une pièce complémentaire a été demandée au préfet sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative. Cette pièce complémentaire, produite le 9 novembre 2023, a été communiquée au requérant le même jour et sur le fondement des mêmes dispositions du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- et les observations de Me Azogui, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant congolais né le 14 septembre 1970, est entré sur le territoire français le 25 septembre 2011 selon ses déclarations, pour y solliciter l'asile. Il s'est alors vu remettre une autorisation provisoire de séjour, ainsi que des récépissés valables du 2 décembre 2011 au 23 mars 2013. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 18 avril 2013 à laquelle il n'a pas déféré. Il a ensuite été mis en possession de récépissés et de cartes de séjour temporaires, délivrés pour lui permettre la poursuite de soins en France, valables du 17 septembre 2013 au 20 avril 2018. Le 13 mars 2018, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 14 août 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Toutefois, par un jugement n° 2005510 du 30 août 2021, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 14 août 2019 et a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation du requérant. Dans le cadre de l'injonction au réexamen, M. E a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 431-1 du même code. Par un arrêté du 17 janvier 2023, dont M. E demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. / Il peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, cette faculté étant mentionnée dans la convocation. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par le président de la commission. / Les conditions dans lesquelles l'étranger est autorisé à séjourner en France jusqu'à ce que l'autorité administrative ait statué sont déterminées par décret en Conseil d'Etat ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que M. E a été convoqué en vue de se présenter devant la commission du titre de séjour le 1er décembre 2022 par un courrier reçu le 26 août 2022. Le 14 novembre 2022, M. E a sollicité auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny son admission à l'aide juridictionnelle et la désignation d'un avocat pour le représenter devant cette commission. Il est constant que ce n'est que par un courrier du 29 novembre 2022 que M. E a informé la commission du titre de séjour du dépôt de sa demande d'aide juridictionnelle et a sollicité le report de l'audience devant elle, laquelle a cependant décidé de maintenir la date de l'audience compte tenu du caractère tardif de la demande d'aide juridictionnelle. M. E, qui n'a invoqué aucun motif de nature à justifier la présentation tardive de sa demande d'aide juridictionnelle, ne s'est pas non plus présenté devant la commission du titre de séjour, sans avancer de motif de nature à justifier son absence. Dans ces conditions, la demande d'aide juridictionnelle de l'intéressé, présentée deux jours avant la tenue de l'audience devant la commission, revêtait un caractère dilatoire. En conséquence, le refus du président de la commission de reporter la séance de cette commission ne saurait avoir entaché la procédure d'irrégularité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'avis défavorable émis le 1er décembre 2022 est intervenu au terme d'une procédure irrégulière. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ".
5. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'un rapport médical relatif à l'état de santé de l'étranger qui a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), doit être transmis au collège des médecins de l'office chargé de donner son avis sur le cas de cet étranger et, d'autre part, que le médecin ayant établi ce rapport ne doit pas siéger au sein de ce collège. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport au vu duquel le collège de médecins a émis son avis et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège.
7. D'une part, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. E sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 décembre 2018 qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si le requérant soutient que le préfet aurait dû saisir à nouveau le collège des médecins de l'OFII à la suite de l'injonction de réexamen de sa demande prononcée par le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 30 août 2021, il n'établit, ni même n'allègue, que son état de santé aurait évolué depuis sa demande initiale de renouvellement de son titre de séjour du 13 mars 2018, ni qu'il encourait des risques nouveaux d'aggravation de son état de santé. Dès lors, en ne saisissant pas à nouveau l'OFII, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a en l'espèce pas entaché la procédure d'irrégularité. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
8. D'autre part, le préfet de la Seine-Saint-Denis produit en défense l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 décembre 2018, concernant l'état de santé de M. E. Il ressort de cet avis, qui comprend les signatures des membres du collège, que celui-ci était composé de trois médecins de l'OFII, nommément désignés et qu'il a été rendu au vu du rapport établi par un médecin non membre de ce collège. Par suite, les moyens tirés de ce que l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'OFII ne permet pas de vérifier la régularité de la procédure suivie doivent être écartés.
9. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il a fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté précise les conditions d'entrée et de séjour en France de M. E. Il mentionne également les éléments pertinents relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, notamment s'agissant de son état de santé, ainsi que ceux relatifs à sa situation professionnelle et familiale. Ainsi, la décision attaquée, qui n'est pas tenue d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation.
10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E souffre d'un diabète de type 2, ainsi que d'une tuberculose pulmonaire et qu'il bénéficie à ce titre d'un suivi médical en France. À ce titre, le requérant se prévaut d'un certificat médical du 5 juillet 2018 du docteur C, diabétologue au centre hospitalier de Saint-Denis, selon lequel " l'absence de prise en charge adéquate risquerait gravement de nuire à sa santé en entraînant des complications d'une extrême gravité mettant en jeu son pronostic fonctionnel voir vital ". Toutefois, ce document non circonstancié, ainsi que les autres pièces médicales produites par le requérant, qui sont soit antérieures à 2018, soit relatives à son état psychologique, sont insuffisants pour contredire à eux-seuls l'avis du collège des médecins de l'OFII. Le requérant se prévaut également d'un article de presse publié sur un site internet dont l'origine est indéterminée. Enfin, si le requérant soutient que son traitement n'est pas disponible dans son pays d'origine, la République Démocratique du Congo, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors, ainsi qu'il a été dit précédemment, que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que le requérant n'établit pas qu'il n'est pas en capacité de voyager. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,
L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () ".
12. M. E se prévaut, d'une part, de ce qu'il réside en France de manière habituelle depuis plus de dix ans, dont neuf années de manière régulière, qu'il vit en concubinage avec Mme D depuis plusieurs années et que de leur union est né un enfant le 20 mars 2019 scolarisé en France. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que l'intéressé a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 18 avril 2013, qu'il n'a pas contestée et à laquelle il n'a pas déféré. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que celle qu'il présente comme sa concubine, ressortissante congolaise, est présente irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, alors que le préfet lui oppose la circonstance selon laquelle la relation avec cette dernière est terminée, le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la réalité de leur vie commune, ni davantage l'ancienneté, la stabilité ou l'intensité de la relation dont il se prévaut. Il ne produit par ailleurs aucune pièce permettant d'établir qu'il réside avec son enfant ou qu'il participe à son entretien ou à son éducation. D'autre part, le requérant se prévaut de ce qu'il a conclu le 29 décembre 2015 avec la société " ANABAS " un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent de sécurité, qu'il y a travaillé jusqu'en décembre 2019 et qu'il complétait ses revenus en effectuant en même temps d'autres emplois, en qualité notamment de monteur échafaudeur ou d'agent de sécurité. Il ajoute qu'il avait conclu à compter de mars 2022 avec la société Amazon un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent d'exploitation logistique qui a été suspendu à la fin du mois de juin 2023 en raison de l'expiration de son récépissé valable jusqu'à mai 2023. Toutefois, par ces seuls éléments, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant n'effectuait que très peu d'heures de travail rémunéré tous les mois pour chaque entreprise prise séparément, l'intéressé ne justifie pas d'une expérience professionnelle d'une particulière intensité ou stabilité. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
15. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 10 du présent jugement que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 721-3 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, dont il fait application. Il précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où il est effectivement ré-admissible. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.
18. En deuxième lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination, doit être écarté.
19. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 513-2, recodifié à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
20. M. E soutient qu'il craint pour sa vie et sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, la République Démocratique du Congo. Toutefois, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, à savoir des certificats médicaux relatifs à son état psychologique, la réalité et le caractère personnel des risques encourus, alors au demeurant qu'il est constant que sa demande de protection au titre de l'asile a été rejetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 17 janvier 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Azogui et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. L'hôte, premier conseiller,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,Le président,Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Mme B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026