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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307768

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307768

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantTRUGNAN BATTIKH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2023 à 15 heures 59 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 novembre 2023, Mme C B, représentée par Me Trugnan Battikh, doit être regardée comme demandant, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023, notifié le même jour à 12 heures 45, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou toute autorité territorialement compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet ne produit pas la décision attaquée, en méconnaissance des articles R. 776-13-2 et R. 776-18 du code de justice administrative ; à défaut de sa production, la décision attaquée ne pourra qu'être regardée comme étant entachée d'un défaut de motivation et d'incompétence de son auteur ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

- elle est illégale par voie d'exception ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'est pas fondée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Breuille pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Breuille, conseiller ;

- les observations de Me Trugnan Battikh, représentant la requérante, qui reprend et développe les conclusions et moyens de sa requête et fait valoir que : l'intéressée a d'abord vécu chez ses parents ; sa mère est décédée en 2019 ; son père a entendu la marier de forcer et l'exciser ; elle est très vulnérable et sa situation est telle qu'elle remplit les conditions pour se voir octroyer l'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante burkinabée née le 15 juin 2002, déclare être entrée en France en septembre 2022. Par un arrêté du 27 juin 2023, dont la requérante demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 août 2023. Il n'y a donc pas lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-5 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code et les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du présent code notifiées simultanément, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, ni assigné à résidence. () ". Aux termes de l'article R. 776-13-2 du même code : " La présentation, l'instruction et le jugement des recours obéissent () aux articles R. 776-15, R. 776-18, R. 776-20-1, R. 776-22 à R. 776-26, aux deuxième et quatrième alinéas de l'article R. 776-27 et à l'article R. 776-28. ". Enfin, aux termes de l'article R. 776-18 de ce code : " () Les décisions attaquées sont produites par l'administration ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article R. 776-13-1, R. 776-13-2 et R. 776-18 du code de justice administrative que, par dérogation à l'article R. 412-1 du même code, il incombe à l'administration de produire la décision attaquée en cas de recours formé contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prises sur le fondement des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Au cas d'espèce, le préfet a produit, le 9 novembre 2023, l'arrêté en litige daté du 27 juin 2023. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que ses moyens d'incompétence et tirés du défaut de motivation devraient être retenus au seul motif de l'absence de production par le préfet de la décision attaquée.

5. En deuxième lieu, par un arrêté du 10 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A, adjoint à la cheffe du bureau d'asile, pour signer le type de décisions contenues dans l'arrêté. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige, produit le 9 novembre 2023 par le préfet, doit en conséquence être écarté.

6. En troisième lieu, l'arrêté en litige, produit par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 9 novembre 2023, comporte, pour toutes les décisions qu'il contient, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressée en édictant à son encontre une mesure d'éloignement.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

9. Par ailleurs, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. La requérante soutient qu'elle est entrée en France le 19 septembre 2022 afin de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Elle se borne ainsi, essentiellement, à se prévaloir de craintes en cas de retour dans son pays d'origine, détaillées dans sa requête et réitérées au cours de l'audience publique, en faisant valoir qu'elle a pris la fuite alors qu'elle était poursuivie par sa famille paternelle afin d'être excisée puis mariée de force. Cependant, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement en litige, la requérante ne pouvant utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de cette décision. En tout état de cause, la requérante se borne, pour étayer ses allégations, à verser au dossier un certificat médical du 14 août 2023 indiquant qu'aucune séquelle d'excision n'a été mise en évidence, ainsi qu'une ordonnance médicale datée du 9 août 2023 lui prescrivant l'administration d'un traitement des symptômes du reflux gastro-œsophagien, ces deux pièces étant d'ailleurs postérieures à l'arrêté en litige. Au demeurant, elle a déclaré, au cours de son audition le 27 juin 2023 par les services de police, avant l'édiction de l'arrêté en litige, qu'elle est venue en France " pour les vacances " avant de perdre ses documents d'identité et son visa. Enfin, la requérante a déclaré lors de cette audition être célibataire et sans enfant à charge, tout en étant hébergée gratuitement par une tante. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, notamment en tant qu'il porte mesure d'éloignement, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas entaché d'erreur de droit dans l'application de ces stipulations ni d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées aux points 8 et 9, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. En sixième et dernier lieu, la requérante ne démontrant pas l'illégalité de la mesure d'éloignement édictée à son encontre, elle n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre des décisions prises sur son fondement, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais non compris dans les dépens :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre ainsi que sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 par Mme B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Trugnan Battikh et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

L. Breuille

Le greffier,

J. Aké

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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