lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2307958 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | ABASSADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, et un mémoire enregistré le 11 janvier 2024, M. E C, représenté par Me Abassade, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de 24 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise sans que sa situation ait été effectivement examinée ;
- cette décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision lui refusant un délai de départ méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public au sens du 1°) de cet article ;
- l'interdiction de retour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation alors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Abassade, pour M. C, présent, qui reprend les conclusions et moyens des écritures et précise qu'il fait l'objet de soins en raison d'une pathologie de la prostate en cours d'investigation, de sorte qu'il ne peut être éloigné du sol français.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 11 juin 1989 à Oujda (Maroc), déclare être entré en France en 2016. Par un arrêté du 22 mars 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de 24 mois.
2. Par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la Seine-Saint-Denis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à M. A B, attaché d'administration de l'Etat, chef du pole instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement auprès de la cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de destination des personnes objet de telles mesures d'éloignement et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. L'arrêté litigieux vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, notamment, ses articles L. 611-1, fondement de la mesure d'éloignement litigieuse, L 612-2 à L. 612-6, fondement du refus de lui accorder un délai de départ et de la mesure d'interdiction de retour en France et L. 612-12, fondement de la décision distincte fixant le pays de destination de la requérante. L'arrêté litigieux vise également les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, les décisions attaquées sont suffisamment motivées en droit. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté attaqué précise, en fait, que M. C, qui ne peut justifier être entré régulièrement en France, n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne justifie pas résider en France depuis 2016, qu'il ne justifie pas de l'ancienneté et de la pérennité de liens personnels en France, ni de conditions d'existence pérenne et qu'il est célibataire sans enfant en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des circonstances de fait sur la base desquelles elle a été prise. Il en va de même de la décision refusant de lui accorder un délai de départ qui mentionne le fait que l'intéressé, faute d'avoir déclaré le lieu de sa résidence effective ou permanente, ne présente pas de garantie de représentation suffisante et qui relève que sa présence sur le territoire national représente une menace à l'ordre public. Il en va également de même de la décision qui fait interdiction au requérant de retourner en France qui rappelle la durée de séjour alléguée, depuis 2016, de M. C, les faits que ce dernier ne justifie pas de l'ancienneté de liens personnels en France, que sa présence représente une menace à l'ordre public et que la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Enfin, la décision fixant le pays de destination du requérant, mentionne sa nationalité et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans ce pays et est dès lors, également suffisamment motivée en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
4. Il ne ressort pas des termes de la mesure d'éloignement litigieuse, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse aurait été prise sans que la situation de ce dernier ait été effectivement examinée doit être écartée.
5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Si M. C soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il se borne à indiquer qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant qu'une obligation de quitter le territoire français ne soit prise à son encontre. Il ne fait ainsi valoir aucun élément précis qu'il n'aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises les décisions contestées et qui aurait été susceptible d'affecter le contenu de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écartée.
7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". M. C fait valoir à l'audience qu'il fait l'objet d'examens médicaux en raison d'un " problème de prostate " et produit un compte rendu d'examen échographique ainsi que des bons de rendez-vous au service d'urologie de l'hôpital André Grégoire de Montreuil et des ordonnances de prescription. Alors que la pathologie dont souffre l'intéressée n'est pas connue, rien ne permet de faire considérer que le défaut de prise en charge médicale en France pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En tout état de cause, M. C n'établit ni même n'allègue que les médicaments prescrits ne seraient pas disponibles au Maroc de sorte qu'il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état. Le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de santé du requérant ne peut qu'être écarté.
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". L'article L. 612-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :
1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
9. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que M. C, d'une part, représente une menace pour l'ordre public, d'autre part, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes puisqu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à l'habitation principale. Le requérant, auditionné par les services de police, a reconnu sur procès-verbal avoir, le 21 mars 2023, menacé, en station, un agent de la Régie autonome des transports parisiens, en brandissant un couteau, tout en déniant avoir menacé cet agent de l'égorger et en faisant valoir que ledit agent était protégé par la vitre de son guichet. Interrogé sur ce point, M. C a précisé sur procès-verbal avoir acheté ledit couteau trois jours plus tôt pour se protéger en raison de ce qu'il vit à la rue. En tout état de cause, alors que le port et le transport hors du domicile d'un couteau, arme de catégorie D, est interdit sans motif légitime, le fait d'avoir menacé un agent avec un couteau est de nature à faire considérer que la présence en France de l'intéressé représente une menace à l'ordre public, nonobstant la circonstance qu'il n'a pas fait l'objet de poursuite devant l'autorité judiciaire. Le requérant se trouve, dès lors, dans le cas prévu au 1°) de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ. En tout état de cause, il est constant que M. C, qui a déclaré sur procès-verbal vivre à la rue, ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dans ces conditions, il se trouve dans le cas prévu au 8°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le risque mentionné au 3°) de l'article L. 612-2 du même code peut être regardé comme établi. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Si le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement il résulte de ce qui a été dit au point 9 que sa présence représentante une menace à l'ordre public. Dans ces conditions en fixant à 2 ans la durée de l'interdiction de retour édictée contre M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
L. D
La greffière,
D. Bakouma
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026