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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308077

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308077

lundi 15 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOROSOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 11 juillet et 7 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Morosoli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de 30 jours suivant la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement et en cas d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de renvoi, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros hors taxe au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- l'avis médical rendu par le collège des médecins est irrégulier ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

A la suite d'une demande du tribunal, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit le 25 juillet 2023 l'entier dossier médical de l'enfant de Mme B.

Par une décision du 13 juin 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313 23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Laforêt, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, née le 7 mai 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant mineur malade, l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Pour rejeter sa demande de titre de séjour, le préfet s'est fondé notamment sur le fait qu'il ressort de l'avis émis le 29 décembre 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que l'état de santé de son enfant mineur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que le traitement approprié existe dans le pays dont elle est originaire et où son enfant peut être pris en charge. En outre, la requérante n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant l'accès aux soins de son enfant dans son pays, que l'état de santé de l'enfant ne fait pas obstacle à voyager à destination de l'Algérie et qu'au vu de ces éléments, Mme B ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Les stipulations de l'accord franco-algérien régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Un ressortissant ne peut ainsi utilement invoquer les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la délivrance et au renouvellement du titre de séjour délivré au parent d'un enfant dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Toutefois, bien que l'accord franco-algérien ne prévoie pas de semblables modalités d'admission au séjour, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé et notamment de l'état de santé de son enfant et des traitements nécessité par cet état, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient alors au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

4. Pour refuser à Mme B la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'accompagnante d'enfant malade, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que, si l'état de santé du fils de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le traitement approprié existe dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est la mère de trois enfants nés en 2013, 2015 et 2019. Selon trois certificats médicaux concordants, du 2 septembre 2022, d'un neurochirurgien, du 28 avril 2023, d'une orthopédiste et du 23 mai 2023 d'un médecin ORL, tous trois exerçant à l'hôpital Necker, le plus jeune enfant né en 2019 présente une malformation congénitale sévère (Myéloméningocèle L4) avec hydrocéphalie dérivée responsable de troubles neurologiques moteurs le privant de la possibilité de marcher et cognitifs non réversibles qui nécessitent un suivi pluridisciplinaire au long cours (neurochirurgical, rééducationnel, urologique et orthopédique).

5. La requérante soutient en outre que la prise en charge de son fils dans son pays d'origine n'est pas disponible. Elle produit deux certificats médicaux, le premier émanant du même neurochirurgien cité au point 4 en date du 5 juin 2023 qui précise que les soins nécessaires n'ont pas été dispensés dans le pays d'origine ce qui a motivé une première partie des soins en Turquie puis en France. Le second certificat, daté du 28 avril 2023, a été établi par l'orthopédiste qui précise que les handicaps nécessitent un appareillage et une adaptation pour les déplacements et que ces soins ne peuvent être prodigués en Algérie. La requérante produit également deux prescriptions médicales, l'une du 2 mai 2023 pour un kit de sondes Wellspect en raison de 6 sondages par jour et l'autre en date du 4 juillet 2023 pour un système initial et sondes rectales Peristeen portant des mentions de pharmacies algériennes indiquant que ce matériel n'est pas disponible. Ces certificats et prescriptions, bien que postérieurs à la date de l'arrêté litigieux, révèlent une situation existante à la date de son édiction. La requérante produit enfin un certificat médical d'un professeur agrégé en neurochirurgie du centre hospitalier universitaire d'Oran en date du 3 janvier 2023 qui, tout en reprenant le diagnostic établi par ses confrères de l'hôpital Neker, confirme que cette maladie n'est pas traitable faute de disponibilité du matériel utilisé pour le sondage et l'administration de Peristeen et que les soins nécessaires pour l'enfant ne sont pas prodigués en Algérie. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'apporte aucun élément en défense concernant la disponibilité des traitements dans le pays d'origine de la requérante. Par suite, le préfet a, en prononçant le refus de délivrance d'un certificat de résidence contesté, commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur la demande d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis ou le préfet territorialement compétent délivre à Mme B un certificat de résidence algérien dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Morosoli, avocate de Mme B, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve que Me Morosoli renonce à percevoir la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 avril 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un certificat de résidence et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Morosoli une somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Morsoli

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Laforêt, premier conseiller,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.

Le rapporteur,

E. Laforêt

Le président,

A. MyaraLe greffier,

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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