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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308084

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308084

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantKERAVEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 juillet 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête au tribunal administratif de Montreuil.

Par cette requête, enregistrée le 29 juin 2023, et un mémoire enregistré le 6 novembre 2023, M. D, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- d'annuler les arrêtés du 28 juin 2023 par lesquels le préfet de police, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et, d'autre part, prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de 36 mois ;

- d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; d'enjoindre au préfet de police d'annuler son signalement dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocat à la part contributive de l'Etat ; en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- l'ensemble des décisions contenues dans les arrêtés sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire enregistré le 11 juillet 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. Marias pour statuer sur les requêtes pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias ;

- les observations de Me Lantheaume pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens et soutient en outre que l'arrêté est entachée d'une erreur de fait sur sa durée de présence sur le territoire français et qu'une demande d'autorisation de travail a été déposée en préfecture par son employeur.

La clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 juin 2023, dont l'annulation est demandée, le préfet de police a obligé M. D, ressortissant bangladais né le 28 juillet 1987, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de 36 mois.

I. Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne certains moyens communs aux décisions en litige

3. Par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A B, attaché d'administration de l'Etat placé sous l'autorité du chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève les mesures d'éloignement des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français comportent de manière suffisante les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. S'agissant en particulier de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet a relevé tant l'ancienneté de présence de l'intéressé sur le sol français que la nature de ses liens avec ce pays (célibataire, sans enfant à charge), la menace qu'il représente pour l'ordre public (tentative de viol et rébellion) et la soustraction à une précédente mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

5. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination méconnaîtraient le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, est écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, dont la qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire lui a été refusée à maintes reprises par la Cour nationale du droit d'asile (décisions notifiées les 6 mai 2011, 8 octobre 2015, 1er décembre 2015), et qui se serait soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 7 juillet 2011, a été signalé par les services de police le 27 juin 2023 pour tentative de viol et rébellion. Ce comportement représente une menace suffisamment grave et actuelle pour l'ordre public pour que le préfet ait pu légalement, et conformément aux stipulations de l'alinéa 2 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, nonobstant une demande d'autorisation de travail faite par son employeur, prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Enfin, compte tenu de ce qui précède, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une autre décision s'il avait pris en compte l'ancienneté de plus de dix ans sur le territoire français dont se prévaut l'intéressé, la référence à une décision de l'OFPRA du 30 juin 2009 et la mention " allègue être entré sur le territoire depuis 2009 " figurant, respectivement, dans l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et dans celui portant interdiction de retour sur le territoire français, n'étant d'ailleurs pas à cet égard constitutives d'une erreur de fait.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire

8. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ". L'article L. 612-6 du même code dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

10. A supposer même que l'obligation de quitter le territoire français du 7 juillet 2021 mentionnée dans l'arrêté attaqué serait inexistante ou ne lui aurait pas été notifiée, il est constant que le préfet s'est également fondé sur la menace que représente l'intéressé pour l'ordre public, alors que M. D n'explique pas en quoi le " seul signalement " de son comportement " par les services de police " ne pouvait " fonder " la décision en litige, ainsi qu'il se borne à le soutenir. Pour ce seul motif, le préfet a pu légalement, sans méconnaitre les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser à l'intéressé un délai de départ volontaire, alors même qu'il aurait justifié d'une adresse stable et effective.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination

11. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

12. Pour les motifs exposés au point 7, la décision fixant le pays de destination n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français

13. L'obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

14. A supposer même que M. D ne se soit pas soustrait, ainsi qu'il le prétend, à une précédente mesure d'éloignement, pour les autres motifs relevés par le préfet, tels qu'exposés au point 4 du présent jugement, l'interdiction de retour sur le territoire français n'apparaît pas entachée d'erreur d'appréciation, ni en son principe ni dans sa durée et n'a pas méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'apparaît pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions hormis celles tentant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de police et à Me Lantheaume.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

Le magistrat désigné, La greffière,

H.Marias M.Chaal

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2308084

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