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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308146

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308146

lundi 15 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantLE GOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2304033 du 5 juillet 2023, la présidente de la quatrième chambre du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 12 juin et 7 novembre 2023, M. A, représenté par Me Le Goff demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le

territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le

territoire français ;

-elle est entachée d'une erreur de droit ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Myara ;

- les observations de Me Le Goff représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, né le 21 mars 1985, demande l'annulation de l'arrêté du 11 juin 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait, à la suite de son interpellation, obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour () ".

4. L'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 et notamment ses articles 3 et 8 et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que M. A n'a pas été en mesure de présenter un passeport en cours de validité et n'a pas établi être entré régulièrement en France et ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Dans ces conditions, la situation du requérant entre dans le champ d'application des dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué précise ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

5. Le requérant a déclaré lors de son audition par les services être arrivé en France il y a dix mois pour des motifs économiques afin d'y travailler en qualité de maçon, sans faire état de ses origines kurdes, tout en précisant pour répondre à la question qui lui était posée, qu'il n'avait déposé aucune demande d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'aucune question ne lui a été posée sur ce point. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, alors que le requérant est également célibataire et sans enfants, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () [ou] qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () "

8. Pour prononcer la mesure contestée, qui vise les dispositions précitées, la préfète du Bas-Rhin s'est notamment fondée sur la circonstance que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Si le requérant produit une attestation d'hébergement chez un compatriote titulaire d'une carte de résident, ce document établi postérieurement à la décision contestée n'est pas de nature à faire regarder M. A comme justifiant de garanties de représentation suffisantes. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. La décision attaquée vise les dispositions précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que le requérant n'établit pas être exposé à des risques en cas de cas d'un retour dans son pays d'origine. La décision attaquée expose avec une précision suffisante les circonstances de fait qui ont conduit le préfet à prononcer la décision en litige. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de cette décision et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

12. Si M. A fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa personne eu égard aux menaces dont il pourrait faire l'objet dans son pays d'origine, il ne produit à l'appui de ses allégations aucun élément de nature à établir qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

13. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

15. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les dispositions applicables, analyse la durée de séjour de M. A en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. La décision portant interdiction de retour comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

16. Dans ces conditions et alors même qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ni troublé l'ordre public, il ne justifie pas de circonstances humanitaires et n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois serait disproportionnée. Il ne ressort pas davantage, au regard des circonstances précédemment rappelées que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et que sa requête ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

A. Myara La greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2308146

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