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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308179

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308179

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de cent euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", subsidiairement, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il n'est pas établi qu'une demande de pièces obligatoires aux fins de compléter la demande d'autorisation de travail aurait été adressée à son employeur ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marias a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 1er janvier 1992, a sollicité le 4 avril 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 14 juin 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0220 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet du Raincy, pour ce qui concerne les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et la décision fixant le pays de destination comportent les motifs de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, régulièrement motivées. Dès lors que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est motivée, l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, avant de prendre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français, n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. B.

5. En quatrième lieu, pour refuser la délivrance à M. B du titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou mention " salarié " qu'il avait sollicité sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a estimé en d'abord que les éléments qu'avait fait valoir l'intéressé, appréciés notamment au regard de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, ne pouvaient être regardés comme des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, a considéré ensuite que les services de la plate-forme interrégionale de la main d'œuvre étrangère avaient émis le 22 mars 2023 un avis défavorable au motif que la demande de pièces complémentaires adressée à l'employeur potentiel de l'intéressé, dans le cadre de l'instruction d'une demande d'autorisation de travail présentée par ce dernier, était demeurée sans réponse, enfin, que le fait d'exercer une activité professionnelle en France ne donnait pas à lui seul un droit au séjour, dès lors que M. B ne justifiait ni de motifs exceptionnels ni de raisons humanitaires pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire au titre de l'admission au séjour.

6. En cinquième lieu, la demande présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à son article L. 5221-2. Le préfet n'est ainsi pas tenu de saisir les services de la main d'œuvre d'Ile-de-France afin qu'ils accordent ou refusent, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire, l'autorisation de travail visée à l'article L. 5221-2 du code du travail. Il est toutefois toujours loisible à l'autorité préfectorale, dans le cadre de son pouvoir d'instruction, de saisir cette direction pour recueillir son avis sur le projet d'emploi salarié invoqué par le demandeur à l'appui de sa demande de titre de séjour.

7. Si M. B soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet a estimé que la demande d'autorisation de travail du requérant aurait fait l'objet d'un rejet par la plate-forme interrégionale de la main d'oeuvre étrangère dans la mesure où la demande de pièces complémentaires adressée à l'employeur serait demeurée sans réponse, alors même que l'employeur n'aurait pas reçu une telle demande, cet élément est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis, pour refuser à l'intéressé la délivrance d'une carte de séjour mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le troisième motif retenu dans son arrêté, tel que rappelé au point 5.

8. En sixième lieu, en se prévalant seulement d'une présence en France depuis le 8 octobre 2017 et d'un travail au sein du restaurant La Fabrique, d'abord en tant que plongeur puis, comme " demi-chef " et désormais " chef de partie ", M. B ne justifie d'aucun motif d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'il aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

9. En dernier lieu, M. B, célibataire, sans charge de famille, entré sur le territoire français à l'âge de 25 ans, a vécu la plus grande partie de son existence dans son pays d'origine et il ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale au Mali. Par suite, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'a pas été méconnu.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Baffray, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le rapporteur,Le président,H. MariasJ.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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