mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2308229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SEMAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 et 18 juillet 2023 et le
11 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Semak, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans le même délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 400 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- la décision méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a conclu le 24 juin 2024 un contrat à durée indéterminé à temps complet en qualité d'électricien ; sa compagne, ressortissante portugaise, est enceinte de leur enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés sont infondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du
16 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- et les observations de Me Rodet, substituant Me Semak, pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né en 2003, est entré en France, selon ses déclarations, au mois de janvier 2019. M. A a déposé une demande de titre de séjour le 23 novembre 2022. Par un arrêté du 20 février 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les articles L. 432-1, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet mentionne la date d'arrivée en France de M. A, indique qu'il est inscrit en première professionnelle et qu'il est célibataire et sans charge de famille. Il précise qu'il ne fait état d'aucun motif exceptionnel ou humanitaire justifiant son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne justifie d'aucun obstacle l'empêchant de mener une vie privée et familiale normale au Mali, son pays d'origine où résident ses parents. Par suite, l'arrêté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs et pour les mêmes motifs, il ne ressort ni de la décision attaquée ni des autres éléments du dossier que le préfet n'aurait pas examiné la situation particulière du requérant. Les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles
L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué ainsi que des observations produites en défense par le préfet que pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, celui-ci s'est notamment fondé sur la circonstance selon laquelle l'intéressé est susceptible de constituer une menace pour l'ordre public au motif qu'il serait connu des services de police pour un vol simple le 15 juillet 2020. Toutefois, le préfet se borne à soutenir que le requérant serait connu au ficher de traitement des antécédents judiciaire pour des faits de vol simple, sans verser au dossier d'élément permettant de le confirmer, alors que M. A conteste notamment la matérialité des faits invoqué à son encontre. Par suite, c'est au prix d'une erreur d'appréciation que le préfet s'est fondé sur la circonstance selon laquelle la présence de M. A sur le territoire français constituerait une atteinte à l'ordre public pour refuser la demande de titre de séjour sollicitée.
7. Toutefois, il ressort de la décision attaquée que celle-ci repose également sur les motifs tirés de ce que le requérant n'est pas fondé à solliciter son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne justifie pas d'une admission au séjour au titre des dispositions de l'article L. 423-23 du même code. Le requérant fait valoir qu'il est entré sur le territoire français à l'âge de quinze ans, où il a été pris en charge par son oncle de nationalité française et la famille de celui-ci. Il produit plusieurs éléments justifiant de sa scolarisation sur le territoire depuis lors, ainsi que de son admission en CAP d'électricien. S'il souligne qu'il a suivi une scolarité assidue, qu'il est désireux de poursuivre son apprentissage et qu'il a déjà réalisé avec succès plusieurs stages et dispose de bonnes perspectives d'insertion professionnelles, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande d'administration exceptionnelle au séjour, et elles ne caractérisent pas d'avantage des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si l'oncle du requérant, qui atteste l'héberger, a reçu une délégation de l'autorité parentale, l'arrêté précise, sans que ce point soit contredit par le requérant, que ses parents résident dans son pays d'origine. Par ailleurs, si M. A fait état dans ses dernières écritures de la conclusion d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'électricien et de sa relation avec une ressortissante portugaise résidant en France qui est enceinte de leur enfant, ces éléments sont postérieurs à l'arrêté et alors sans incidence sur sa légalité. Au vu de l'ensemble des éléments relatifs au parcours scolaire du requérant et à sa situation personnelle, le préfet n'a ni méconnu les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de titre de séjour sur ces fondements.
8. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les seuls motifs tirés de ce que la situation de M. A ne justifiait pas son admission au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ceux-ci justifient légalement, à eux seuls, la décision de refus de titre de séjour en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. A constituait une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour attaqué.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, le préfet de la
Seine-Saint-Denis n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de M. A à mener une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
11. Pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 7, le préfet de la
Seine-Saint-Denis n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de M. A à mener une vie privée et familiale normale en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et en fixant le pays de destination. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A n'est pas fondée et doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Semak et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
Mme Lançon, première conseillère,
Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La rapporteure,
N. Gaullier-Chatagner
Le président,
J.-F. BaffrayLa greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026