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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308457

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308457

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET ARLAUD AUCHER FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous la même astreinte journalière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une lettre du 20 septembre 2023, M. B a été invité à régulariser les pièces enregistrées le 19 septembre 2023 et non conformes aux prescriptions des dispositions de l'article R. 414-5 du code de justice administrative, sous peine de les voir écartées des débats.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Guiral a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 8 novembre 1987, a présenté le 27 septembre 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de la décision refusant son admission au séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les pièces produites par le requérant :

2. Aux termes de l'article R. 414-5 du code de justice administrative : " Par dérogation aux dispositions des articles R. 411-3, R. 411-4, R. 412-1, R. 412-2 et R. 611-1-1, le requérant est dispensé de produire des copies de sa requête, de ses mémoires complémentaires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 414-2 ou recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application mentionnée à l'article R. 414-1. / Le requérant transmet chaque pièce par un fichier distinct, à peine d'irrecevabilité de sa requête. Cette obligation est applicable à la transmission des pièces jointes aux mémoires complémentaires, sous peine pour le requérant de voir ces pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / () Par dérogation aux dispositions des deuxième et troisième alinéas, lorsque le requérant entend transmettre un nombre important de pièces jointes constituant une série homogène eu égard à l'objet du litige, il peut les regrouper dans un ou plusieurs fichiers, à la condition que le référencement de ces fichiers ainsi que l'ordre de présentation, au sein de chacun d'eux, des pièces qu'ils regroupent soient conformes à l'énumération, figurant à l'inventaire, de toutes les pièces jointes à la requête. Le requérant ne peut alors bénéficier de la dispense de transmission de l'inventaire détaillé prévue au premier alinéa. Ces obligations sont prescrites au requérant sous peine de voir les pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / () ".

3. Si les fichiers 1 à 12 produits par M. B, enregistrés le 19 septembre 2023, regroupent des pièces constituant des séries pouvant être regardées comme homogènes, l'inventaire qui est joint n'énumère pas les pièces comprises dans chacune de ces séries. En réponse à l'invitation à régulariser adressée par le tribunal au requérant par le courrier susvisé du 20 septembre 2023 en application de l'article R. 414-5 du code de justice administrative, l'inventaire qu'il a produit, enregistré le 4 octobre 2023, ne référence pas les pièces regroupées dans les fichiers 11 à 13 relatifs à la vie commune intitulés " CAF Mr et Mme ", " factures Mr et Mme " et " impots Mr et Mme ", les fichiers 17 et 18 relatifs au travail de son épouse intitulés " contrat de travail Madame " et " bulletins de paie Madame " ainsi que les fichiers 19 à 25 relatifs aux preuves de présence de 2016 à 2023. Par suite, et en application des dispositions citées au point 2, les pièces desdits fichiers doivent être écartées des débats.

Sur le surplus :

4. L'arrêté litigieux visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 435-1, L. 432-1 et L. 423-23 sur le fondement desquels la décision de refus de titre de séjour a été prise, et l'article L. 611-1 sur le fondement duquel l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Il mentionne également, de manière suffisamment précise, les éléments de fait propres à la situation personnelle du requérant, notamment la présence de son épouse sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, et alors qu'en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle du refus de titre de séjour, l'arrêté litigieux, dont la motivation n'est aucunement stéréotypée, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions contestées. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit dès lors être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis, quand bien même l'arrêté contesté n'exposerait pas l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant, aurait omis d'examiner le dossier de l'intéressé.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " () ".

7. M. B soutient qu'il est entré en France en 2016, qu'il y réside depuis sept ans et qu'il entretient une relation amoureuse depuis cinq ans avec une compatriote, titulaire d'une carte de résidente, avec laquelle il s'est marié le 17 novembre 2018. Toutefois, par les pièces régulièrement produites et non écartées des débats ainsi qu'il a été dit au point 3, le requérant ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français ni de sa communauté de vie avec sa femme. Il n'établit ni même n'allègue être inséré par le travail. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. B n'a pas de charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Cameroun où résident ses parents et les membres de sa fratrie et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans au moins. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont donc méconnu ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". M. B ne justifie pas, compte tenu de sa situation telle qu'elle a été exposée au point précédent, de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans entacher la décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser d'admettre, à titre exceptionnel, l'intéressé au séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- M. Guiral, premier conseiller,

- Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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