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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308515

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308515

lundi 7 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Chartier, demande au juge des référés du tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à toute autorité compétente d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

4°) d'ordonner, dans cette attente, la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, sous huitaine à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision fait obstacle à l'examen de sa situation, la maintient dans une situation irrégulière dans laquelle elle est placée depuis une durée anormalement longue et l'expose au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ; la décision attaquée constitue une entrave à sa liberté de circulation alors même qu'elle doit soutenir et accompagner ses filles présentant un lourd handicap ;

- la condition relative à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige est également remplie : la décision en litige été prise par une autorité incompétente, elle est entachée d'une absence de motivation insuffisante, d'une absence d'examen particulier de sa situation, d'une violation des dispositions des articles L. 435-1, L. 432-23, R. 431-2, R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'étendue de la compétence de l'autorité préfectorale et d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête en référé est irrecevable dès lors que la décision dont il est demandé la suspension est inexistante.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 juin 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la requête enregistrée le 14 juillet sous le n°2308516, tendant à l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 août 2023, en présence de Mme Traore, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Jimenez, juge des référés ;

- et les observations de Me Semak substituant Me Chartier, représentant la requérante, qui renonce aux conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle consécutivement à l'intervention d'une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 juin 2023 et précise demander la mise à la charge de l'Etat du versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Elle maintient ses conclusions par les mêmes moyens et soutient que l'attestation de dépôt est un fichier se générant automatiquement depuis la plateforme " démarches-simplifiées.fr " qui ne saurait valoir enregistrement de la demande de titre de séjour.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante libanaise née le 11 novembre 1956, a déposé le 16 août 2022, sur le site " démarches-simplifiées.fr ", une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 6 septembre 2022, les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis l'ont informée du " classement sans suite " de sa demande et l'ont invitée à déposer une nouvelle demande en joignant l'intégralité des éléments requis. Mme B a alors réitéré sa demande sur le même fondement le 8 septembre 2022. Cette demande a également fait l'objet d'un " classement sans suite " au motif que l'intéressée n'avait pas fourni le contrat de bail accompagnant la quittance de loyer. L'intéressée a effectué le 25 novembre 2022 une ultime demande d'admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir sa vie privée et familiale. Par un message du 23 mars 2023, les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis l'ont cependant informée de l'irrecevabilité de sa demande au motif qu'une telle demande ne pouvait être déposée via ce portail numérique car elle relevait de la demande d'admission exceptionnelle au séjour et l'ont invitée à la " reformuler en cliquant sur le lien suivant : http://www.seine-saint-denis.gouv.fr/Prendre-un-rendez-vous ". Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision portant, selon elle, refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

2. Le préfet soutient, d'une part, que Mme B a présenté une demande d'admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade qui devait être reformulée via un autre portail dès lors que ses enfants sont majeurs, et d'autre part, que l'intéressée bénéficie d'une attestation de dépôt pour une demande d'admission exceptionnelle au séjour délivrée le 27 juin 2023. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des pièces versées au dossier et explicitées à l'audience, que l'ensemble des demandes de titre de séjour de Mme B ont été formulées sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour et que l'attestation de dépôt est un fichier se générant automatiquement depuis la plateforme " démarches- simplifiées.fr " ne démontrant pas l'enregistrement de la demande de l'intéressée. L'attestation de dépôt du 27 juin 2023 fait d'ailleurs état du classement sans suite de la demande d'admission exceptionnelle au séjour du 25 novembre 2022. Mme B doit ainsi être regardée comme étant titulaire d'une décision de refus d'enregistrement, de sorte que le préfet n'est pas fondé à opposer une fin de non-recevoir tirée de l'inexistence de la décision attaquée.

Sur les conclusions au titre de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le classement sans suite de la demande de Mme B doit être regardé comme un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour, étant précisé que l'intéressée tente depuis le 16 août 2022 d'obtenir l'enregistrement de sa demande. Ce refus d'enregistrement porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation puisque celle-ci se retrouve sans attestation de demande de titre depuis une durée anormalement longue et donc sans possibilité de prouver son droit au maintien sur le territoire français le temps que sa demande soit examinée. Par suite, la condition d'urgence prévue par les dispositions citées au point 3 doit être considérée comme satisfaite.

En ce qui concerne la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :

6. Il résulte des dispositions des articles R. 431-2, R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en dehors de l'hypothèse d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. En outre, aucune règle ou principe ne fait obstacle à ce qu'un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement puisse demander un titre de séjour.

7. Il résulte de l'instruction que la demande du 25 novembre 2022 d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B, ne présentait pas un caractère dilatoire ou abusif, ni que son dossier était incomplet, ce qui, par ailleurs, n'est pas allégué par le préfet dans ses observations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des dispositions des articles R. 431-2, R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 23 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il y a lieu, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B et de lui délivrer le récépissé correspondant à cette demande, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chartier, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er L'exécution de la décision du 23 mars 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il y soit statué au fond.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B et de lui remettre le récépissé correspondant à cette demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve que Me Chartier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Chartier une somme de 800 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Chartier et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil le 7 août 2023.

La juge des référés,

Signé

J. Jimenez

La République mande et ordonne Préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2308515

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