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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308538

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308538

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 juillet 2023, 26 septembre 2023 et 9 janvier 2024, Mme D A épouse B, représentée par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa demande de renouvellement d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au Préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, dans les mêmes conditions de délai de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a lieu de statuer sur sa requête ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 433-13 et R. 432-13 de ce code ;

- elle méconnaît l'article L. 433-2 du même code en ce que le préfet ne pouvait pas lui opposer une menace à l'ordre public pour refuser de lui renouveler sa carte de résident ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre 2023 et 23 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer, subsidiairement, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requérante sont dirigées contre une décision implicite de rejet à laquelle s'est substituée la décision expresse du 15 décembre 2023 ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias, premier conseiller ;

- les observations de Me Pierre, au nom de la requérante.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante turque née le 5 août 1989, est entrée en France le 13 juin 2008 et a obtenu une carte de résident en qualité d'enfant de réfugié, valide jusqu'au 22 septembre 2018. Ayant sollicité le renouvellement de ce titre de séjour, elle a été mise en possession de plusieurs récépissés, jusqu'en 2023. Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur sa demande. Enfin, par une décision du 15 décembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a explicitement rejeté cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée devant le juge administratif, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé un dossier de renouvellement de titre de séjour au mois de septembre 2018. Le préfet, s'étant abstenu de répondre dans le délai de quatre mois, est réputé avoir pris une décision implicite de rejet de sa demande sur laquelle la délivrance à l'intéressée de récépissés successifs de demande de titre de séjour n'a pu avoir aucune incidence. Par un arrêté du 26 juillet 2023, le préfet a expressément rejeté sa demande. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2023 qui s'est substitué à la décision implicite rejetant sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le litige conserve son objet. L'exception de non-lieu opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". Aux termes de l'article L. 433-2 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision en litige : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. ". Aux termes de l'article L. 411-5 de ce code :" La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée, de même que la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " accordée par la France lorsque son titulaire a résidé en dehors du territoire des Etats membres de l'Union européenne pendant une période de plus de trois ans consécutifs () ". Aux termes de l'article L. 432-3 du même code : " Une carte de résident ne peut être délivrée aux conjoints d'un étranger qui vit en France en état de polygamie. Il en va de même pour tout étranger condamné pour avoir commis sur un mineur de quinze ans l'infraction de violences ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente, définie à l'article 222-9 du code pénal, ou s'être rendu complice de celle-ci ".

6. Il résulte de ces dispositions que, contrairement à la délivrance d'une première carte de résident, le refus de renouvellement de cette carte ne peut être fondé sur la menace que constitue l'intéressé pour l'ordre public que pour les motifs énoncés aux articles L. 411-5 et L. 432-3 précités. Par suite, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas relevé la menace que représente le comportement de l'intéressée pour l'ordre public, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions précitées de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de renouveler la carte de résident de Mme A doit être accueilli, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision en litige doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Le motif de cette annulation implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans le délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Mme A une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 15 septembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans le délai de quatre mois suivant la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Mme A une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,

M. Marias, premier conseiller,

Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

Le rapporteur,

M. Marias

Le président,

M. IsraëlLa greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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