mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2308559 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ME MAHBOULI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 juillet, 1er août et 18 septembre 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Mahbouli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté préfectoral du 8 juin 2023 le temps du réexamen de sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de ce que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles est fondé l'arrêté litigieux, étant inapplicables aux ressortissants tunisiens souhaitant obtenir leur admission exceptionnelle au séjour en raison de l'exercice d'une activité salariée, le tribunal était susceptible de substituer à cette base légale celle tirée du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet de régulariser la situation d'un étranger et, d'autre part, de ce que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté litigieux ne sont pas recevables dès lors que ces conclusions ne relèvent pas de l'office du juge de l'excès de pouvoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guiral,
- et les observations de Me Mahbouli, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante tunisienne née le 24 mars 1977, a présenté le 17 février 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 8 juin 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté contesté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment celles des articles L. 423-23 et L. 435-1, sur le fondement desquelles la décision de refus de titre de séjour a été prise. Il expose en outre, de manière suffisamment précise, les éléments de la situation personnelle de la requérante, relativement notamment à sa date d'entrée sur le territoire français ainsi qu'à la présence de ses trois enfants. Il mentionne enfin les motifs pour lesquels la demande de titre de séjour a été rejetée. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressée. Alors que, le cas échéant, le contrôle du respect de l'exigence de motivation des décisions administratives s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, les circonstances que l'arrêté litigieux indique que le service de la main d'œuvre étrangère n'a pas pu statuer sur la demande d'autorisation de travail de l'intéressée en l'absence des coordonnées postales de son employeur et qu'il ne fasse pas non plus mention de son nouvel employeur alors même que l'administration en aurait été informée, ne sont pas de nature à révéler une insuffisance de motivation de la décision. Il suit de là que le préfet de la Seine-Saint-Denis a suffisamment motivé la décision de refus de titre de séjour attaquée. L'obligation de quitter le territoire français, qui en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour, est donc elle-même suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des énonciations de l'arrêté litigieux qui font état des éléments de faits propres à la situation personnelle de la requérante, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de titre de séjour de l'intéressée.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 4 décembre 2017, après avoir vécu quarante ans en Tunisie et résidait, à la date d'édiction de l'arrêté litigieux, depuis moins de cinq ans sur le territoire français. Elle n'apporte par ailleurs aucune précision sur l'intensité des liens personnels qu'elle aurait tissés au cours de son séjour sur le territoire. La requérante, dont les trois enfants, nés en Tunisie le 29 juin 2003, le 1er janvier 2005 et le 1er décembre 2010, l'ont rejointe en France, seulement le 28 août 2018, pour deux d'entre eux, comme l'attestent les tampons apposés par les services de la police aux frontières sur leurs passeports revêtus de visas et à une date indéterminée pour le troisième, ne démontre pas qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine. Si elle se prévaut de son inscription à une formation de secrétaire médicale dispensée par le centre européen de formation du 22 octobre 2018 au 22 octobre 2021, elle ne justifie pas, par l'attestation d'assiduité établie le 5 novembre 2018, qu'elle aurait suivi cette formation jusqu'à son terme ni qu'elle aurait obtenu le titre professionnel de secrétaire-assistant médico-social. Les emplois d'assistante administrative et d'employée polyvalente, exercés par Mme C à compter du 1er janvier 2019, s'ils témoignent de sa volonté d'insertion, ne suffisent pas à la faire regarder comme ayant durablement fixé sur le territoire français le centre de ses intérêts privés et familiaux. Rien ne fait enfin obstacle à ce qu'elle retourne vivre en Tunisie avec ses enfants qui y sont nés et y ont grandi. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
5. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". La décision de refus de titre de séjour n'implique pas la séparation de la requérante d'avec sa fille mineure dès lors que, comme il a été au point précédent, la cellule familiale peut se reconstituer en Tunisie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". La délivrance d'une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale n'étant pas traitée par l'accord franco-tunisien, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et notamment celles de l'article L. 435-1 en ce qu'elles permettent la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sont applicables aux ressortissants tunisiens. En revanche, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, Mme C ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
8. D'autre part, comme il a été dit au point 6, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens souhaitant obtenir une carte de séjour au titre d'une activité salariée. Il y a lieu, dès lors, de substituer à cette base légale celle tirée du pouvoir dont dispose l'autorité administrative de régulariser ou non la situation d'un étranger, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur la substitution de base légale envisagée. Il résulte de ce qui précède que le moyen invoqué par la requérante tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'il est soulevé à l'encontre de la décision qui lui refuse l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, ne peut être accueilli. En tout état de cause, compte tenu de la situation, notamment professionnelle, de la requérante, telle qu'elle a été exposée au point 4, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour.
9. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont dépourvues de caractère réglementaire et ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge. Mme C ne peut dès lors utilement se prévaloir des énonciations de cette circulaire pour contester la légalité de la décision de refus de titre de séjour.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis.
Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension :
11. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de suspendre l'exécution d'une décision administrative. Par suite, les conclusions à fin de suspension de Mme C sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
12. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction de la requérante doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante, doivent également être rejetées les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gauchard, président,
- M. Guiral, premier conseiller,
- Mme Lamlih, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
S. Guiral
Le président,
L. Gauchard
La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026