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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308623

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308623

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERRERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 18 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Herrero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que les décisions de refus de renouvellement d'un titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public et d'une méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 15 mai 2023 en tant qu'elle refuse de lui délivrer une carte de séjour temporaire ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision ont été renvoyées en formation collégiale par le magistrat désigné.

II. Par une requête, enregistrée le12 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Herrero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté notifié le 10 octobre 2023, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence dans la commune du Blanc-Mesnil pour une durée de six mois, renouvelable une fois ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, et qu'il n'existe aucune raison de l'assigner à résidence puisqu'il dispose d'un domicile certain.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 20 octobre 2023 a fixé la clôture d'instruction au 15 décembre 2023.

En réponse à une demande de maintien des conclusions de la requête faite en application de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, le requérant a répondu qu'il la maintenait.

Vu :

­ le jugement n° 2308623 du 25 août 2023 du tribunal administratif de Montreuil ;

­ les autres pièces des dossiers.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1995, a sollicité, le 18 novembre 2020, le renouvellement d'une carte de séjour temporaire. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Montreuil du 25 août 2023, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ont été rejetées. En revanche, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans a été annulée. Pour leur part, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ont été renvoyées en formation collégiale.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent le même requérant, présentent à juger des questions liées et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur le bien-fondé des décisions attaquées :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, si le requérant soutient succinctement que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée et qu'elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, il ressort de l'arrêté attaqué que cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement et qu'elle fait état d'éléments de fait propres à la situation personnelle et professionnelle de M. A, ainsi qu'aux infractions qu'il a commises. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'à cet égard, au moment de l'infraction commise le 26 avril 2023 pour violation de domicile, rébellion et apologie directe et publique d'un acte de terrorisme, son discernement était aboli et qu'il a d'ailleurs fait l'objet d'une décision d'hospitalisation d'office. S'il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation pour cette infraction, M. A a en effet fait l'objet d'une hospitalisation d'office jusqu'au 3 juillet suivant pour suivre des soins psychiatriques et reprendre le traitement médicamenteux qu'il avait arrêté de son propre chef, ces éléments, qui peuvent expliquer le comportement de l'intéressé le 26 avril 2023, ne sont cependant pas de nature à infirmer la matérialité des faits commis. Surtout, il ressort également de l'arrêté attaqué qu'outre cette infraction, l'intéressé est connu des services de police pour usage illicite de stupéfiants le 2 septembre 2021, pour violences aggravées par trois circonstances suivies d'incapacité supérieure à huit jours et usage illicite de stupéfiants le 13 août 2021, pour exercice illégal de la profession d'exploitant de taxis, absence d'autorisation de stationnement sur la voie publique en attente de clientèle le 30 juillet 2020, pour vol aggravé par deux circonstances le 8 octobre 2018, pour port sans motif légitime d'armes blanches ou incapacitantes de catégorie D le 7 septembre 2018 et pour dégradation ou détérioration de biens destinés à l'utilité ou la décoration publique le 10 décembre 2017. Dans ces conditions, compte tenu de la multiplicité des infractions qu'il a commises au cours des dernières années, les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une absence de caractérisation d'une menace pour l'ordre public invoqués à l'encontre de la décision attaquée doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire français le 12 novembre 2016 sous couvert d'un visa d'installation portant la mention " conjoint de Française ", qu'il a été titulaire de titres de séjour jusqu'à la décision préfectorale du 15 mai 2023 lui refusant le renouvellement d'une carte de séjour temporaire, qu'il est divorcé depuis l'année 2020, qu'il est sans charge de famille, que ses parents qui l'hébergent sont chacun titulaire d'une carte de résident, qu'il dispose aussi d'attaches familiales au Maroc, à tout le moins son frère qui y réside toujours, qu'il requiert un traitement médicamenteux pour assurer ses soins psychiatriques et qu'il n'a plus d'activité professionnelle. Dans ces conditions, tenant compte du fait que M. A constitue une menace pour l'ordre public, que, selon de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 18 juillet 2023 qui n'est pas utilement contesté, il peut bénéficier de soins dans son pays d'origine où il n'est pas isolé, qu'il demeure sur le territoire français sans emploi et sans charge de famille, nonobstant les liens qu'il entretient avec ses parents en France, qu'il n'est pas particulièrement inséré dans la société française, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations conventionnelles précitées doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

8. Le requérant ne saurait utilement fait valoir que, compte tenu de son état psychiatrique, la décision attaquée qui concerne uniquement son droit au séjour sur le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, un tel moyen qui est inopérant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête n° 2308623 de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. " En l'espèce, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement et elle fait état d'éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative de M. A. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

11. En second lieu, le requérant soutient qu'aucune raison ne justifie l'assignation à résidence, dans la mesure où il dispose d'un domicile certain et qu'il suit un traitement médical. Il ressort cependant de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis a valablement motivé la mesure d'assignation à résidence, en application de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fait que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 mai 2023. Il est relevé que le jugement du 25 août 2023 du tribunal administratif de Montreuil mentionné au point 1 a rejeté la requête de M. A demandant l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à demander l'annulation de la décision d'assignation à résidence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

­ M. Toutain, président,

­ M. Doyelle, premier conseiller,

­ M. David, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleE. Toutain La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

3

Nos 2308623

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