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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308885

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308885

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son bénéfice d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions attaquées dans leur ensemble, elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait sur la durée de sa présence en France depuis 2016 et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;

- les observations de Me Pierre pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née en 1994, est entrée en France, selon ses déclarations, au mois d'août 2016. Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

3. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet mentionne que Mme A a sollicité une carte de séjour au titre de l'admission exceptionnelle. Il fait état de la date à laquelle elle déclare être entrée sur le territoire français, puis indique qu'elle est célibataire et sans charge de famille et qu'elle ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux en France. Elle ajoute que sa situation ne répond pas au champ d'application de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ne révèle aucun défaut d'examen complet de la situation de la requérante, alors même qu'elle ne mentionne pas la nationalité de son père adoptif et n'énonce pas tous les éléments que celle-ci aurait fait valoir lors du dépôt de sa demande de titre de séjour pour justifier de son intégration dans la société française. En outre, l'arrêté mentionne que Mme A n'entre pas dans les catégories prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle au prononcé d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été scolarisée du 2 septembre 2016 au 30 août 2019 dans le cadre d'un BTS diététique dont elle n'a pas validé le diplôme. Si elle se prévaut d'une présence habituelle et continue en France depuis le mois d'août 2016, soit près de sept ans à la date de l'arrêté contesté, ni cette durée de résidence, ni la circonstance qu'elle soit venue étudier en Europe, puis en France, où elle est hébergée par son père adoptif, s'est investie dans une association, et où elle bénéficie d'une promesse d'embauche, ne permettent d'établir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer la carte de séjour mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des mêmes éléments du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de l'opportunité de lui délivrer, sur le fondement de ces dispositions, un titre de séjour mention " salarié " au regard de sa situation personnelle, privée ou professionnelle. En outre, si la requérante, qui au demeurant ne démontre ni n'allègue avoir présenté une demande de titre de séjour pour raisons de santé, établit souffrir d'une endométriose sévère pour laquelle elle été opérée en 2021, les certificats médicaux peu circonstanciés des 1er et juillet 2023 produits, selon lequel son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir des " conséquences sérieuses ", dont elle ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine, ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Enfin, au vu des éléments qui précèdent, dès lors que la décision attaquée est principalement fondée sur la circonstance selon laquelle la requérante n'invoque aucun motif exceptionnel ou humanitaire, les erreurs de fait invoquées concernant l'ancienneté de sa résidence en France ne sont pas de nature à avoir influencé le sens de la décision. Les moyens tirés d'erreurs de fait et d'appréciation dans l'application des dispositions cités au point précédent doivent par suite également être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Si Mme A fait valoir qu'elle réside depuis près de sept ans sur le territoire français où elle a suivi des études, qu'elle est hébergée chez son père adoptif qui est un ressortissant français, et qu'elle entretient des relations étroites avec plusieurs de ses cousins et avec des amis résidant en France, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui était, à la date de la décision attaquée, célibataire et sans charge de famille, a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans au Cameroun, où elle a nécessairement conservé des liens, avant de poursuivre sa scolarité à Bruxelles entre 2012 et 2016. Au vu de ces éléments, et en dépit de son investissement dans une association, la décision attaquée n'a pas porté à la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée. Le moyen doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de la requérante doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. S'il est constant que la requérante souffre d'une endométriose en raison de laquelle elle a été opérée au mois de mars 2021, les certificats médicaux produits, s'ils confirment l'existence d'un suivi, ne sont pas suffisamment circonstanciés pour démontrer que son état nécessiterait des soins, actes chirurgicaux ou médicaments qui ne seraient pas effectivement disponibles dans son pays d'origine. Enfin, à supposer que la requérante ait entendu soulever un moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en raison du défaut de saisine pour avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, elle ne démontre pas avoir informé les services préfectoraux de ce que son état de santé ferait obstacle à son éloignement. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait dû solliciter un tel avis.

10. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 et 7 du présent jugement, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination, dont la légalité s'apprécie à la date à laquelle elles ont été prises, ne méconnaissent pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de la requérante.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A n'est pas fondée et doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

Mme Lançon, première conseillère,

Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

N. Gaullier-Chatagner

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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