jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2309093 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SEMAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 26 juillet, 10 août 2023 et 28 février 2024, M. F B, représenté par Me Semak, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros TTC à verser à son avocate sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
Sur la légalité de la décision de refus d'admission au séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'erreurs de fait quant à sa nationalité et à son activité professionnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, n'ayant jamais été invité à compléter son dossier de demande d'autorisation de travail, alors que ladite demande a été rejetée au motif de son incomplétude ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ne pouvant refuser son admission exceptionnelle au séjour au motif qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
- elles sont privées de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;
- elle méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
Sur la légalité de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet lui a opposé l'absence de considérations humanitaire, critère non prévu par l'article L 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas examiné sa situation au regard du principe même de la mesure d'interdiction de retour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur un risque allégué de fuite ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de M. B.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. F B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dupuy-Bardot,
- et les observations de Me Ben Gadi substituant Me Semak, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sénégalais né le 3 mars 1995, est entré en France le 19 janvier 2017 sous couvert d'un visa de type C. Le 19 mai 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 19 avril 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pour une durée de deux ans. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a autorisé M. E A, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, à exercer la délégation de signature consentie par le préfet de la Seine-Saint-Denis à Mme D C, directrice des étrangers et des naturalisations, par arrêté n° 2022-0840 du 1er avril 2022 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, pour tous les actes, arrêtés et décisions relevant du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour. Par suite, dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque ces décisions ont été prises, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. D'une part, M. B soutient qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux en se prévalant de sa présence depuis l'année 2017, et de celle de son frère et de son demi-frère, en situation régulière. Toutefois, le requérant n'établit pas, par les pièces versées au dossier, les liens d'ordre amical, culturel et social qu'il aurait noués en France, de nature à attester d'une intégration particulière, et il ne justifie pas de la nécessité de demeurer aux côtés de ses frères. S'il fait valoir qu'il est isolé au Sénégal dès lors que son père est décédé et que deux de ses frères et sœurs résident à l'étranger, il ne soutient ni même n'allègue que sa mère ne résiderait plus au Sénégal, pays dans lequel lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Il ne démontre donc pas être dépourvu de toutes attaches personnelles familiales au Sénégal comme il le soutient. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant son admission exceptionnelle au titre de sa vie privée et familiale, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. D'autre part, s'agissant de sa situation professionnelle, le préfet a indiqué dans l'arrêté attaqué que M. B présentait une demande d'autorisation de travail incomplète pour occuper un emploi d'employé polyvalent pour le compte de l'association d'aide sociale à l'intégration ainsi que cinq bulletins de salaire, et qu'il ne justifiait pas d'un insertion professionnelle stable et pérenne lui permettant de prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Toutefois, le requérant soutient qu'il n'a jamais travaillé pour l'association mentionnée pour le préfet, et qu'après avoir travaillé comme manœuvre BTP du mois d'octobre 2019 au mois de novembre 2020, il a conclu un contrat de travail au mois de décembre 2021 pour occuper un emploi de plongeur au sein de la société " The Bureau ", qu'il verse au dossier. En l'absence de contestation de ces éléments par le préfet, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait. Toutefois, en défense, le préfet fait valoir que les éléments produits par le requérant ne suffisent pas à justifier son admission exceptionnelle au séjour, et doit être regardé comme demandant une substitution de motif. A cet égard, l'insertion professionnelle du requérant, discontinue et dans des domaines d'activité différents, la dernière n'ayant qu'une ancienneté de seize mois, n'apparaît pas particulièrement significative. Dès lors, en refusant de régulariser la situation administrative du requérant au titre de l'admission exceptionnelle au séjour par le travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième lieu, pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail présentée par le requérant, le préfet a notamment considéré qu'il avait présenté une demande d'autorisation de travail incomplète. Le requérant soutient que le préfet n'a pas invité son employeur à compléter la demande d'autorisation de travail, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, d'une part, il est constant que l'intéressé n'a jamais sollicité d'autorisation de travail, de sorte qu'il ne peut utilement soutenir que le préfet n'a pas respecté la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration en ne l'invitant pas à régulariser cette prétendue demande avant de la rejeter au motif de son incomplétude. D'autre part, en tout état de cause, alors que l'admission exceptionnelle au séjour d'un étranger n'est pas subordonnée à la possession d'une autorisation de travail, le préfet pouvait, pour le seul motif tiré de ce que M. B, compte tenu de sa situation professionnelle, ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou humanitaires de nature à permettre sa régularisation, rejeter sa demande de titre de séjour au titre du travail. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 7, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté comme inopérant.
9. En quatrième lieu, si le préfet a relevé que M. B s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement et manifestait ainsi une volonté manifeste de ne pas se conformer à la réglementation en vigueur sur le droit au séjour, et qu' " au regard de ces éléments, [il] ne saurait être considéré comme pouvant se prévaloir à ce jour de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels auxquels répondrait son admission au séjour ", il ressort des termes de la décision attaquée et de ce qui a été dit au point 7 que le préfet, qui a examiné tant la situation administrative, familiale et professionnelle de l'intéressé, ne s'est pas fondé sur cette seule circonstance pour rejeter la demande d'admission au séjour de l'intéressé, et il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En cinquième lieu, si le préfet a relevé, dans l'arrêté attaqué, que M. B ne démontrait pas être isolé au " Mali ", alors que M. B est originaire du Sénégal, cette mention erronée constitue une simple erreur de plume, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que le préfet a bien indiqué dans le même arrêté que M. B était né à Ballou (Sénégal) et qu'il était de nationalité sénégalaise.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
12. Compte-tenu de la situation personnelle de M. B telle que décrite aux points 7 et 8, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent.
13. En dernier lieu, et compte tenu de ce qui a été dit aux points 7, 8 et 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B avant de prendre la décision attaquée.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.
15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6, 7 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
17. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet a considéré qu'il pouvait " prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée maximale de 2 ans à l'encontre de l'étranger obligé de quitter le territoire français, à moins que des circonstances humanitaires ne l'en empêchent " et n'a examiné la situation de l'intéressé qu'en vue de fixer à 2 ans la durée de cette interdiction. En estimant que seules des circonstances humanitaires étaient de nature à faire obstacle au prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, alors que l'autorité administrative dispose d'une faculté, sur le fondement de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français lorsque l'étranger bénéficie d'un délai de départ volontaire, le préfet a entaché sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français, au demeurant insuffisamment motivée à cet égard, d'une erreur de droit.
18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 19 avril 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
19. L'exécution du présent jugement, qui ne prononce que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à toute autorité administrative compétente d'y procéder sans délai.
Sur les frais liés au litige :
20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à toute autorité administrative compétente de procéder sans délai à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Semak et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
Mme Boucetta, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
N. Dupuy-Bardot
Le président,
M. Romnicianu
Le greffier,
Y. El Mamouni
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026