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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2309140

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2309140

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2309140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 juillet 2023 et le 5 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner la production de l'entier dossier sur lequel le préfet a fondé sa décision ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire a retiré le certificat de résidence algérien valable du 14 novembre 2018 au 13 novembre 2028 qui lui avait été délivré le 25 janvier 2019, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui restituer son certificat de résidence algérien de dix ans dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Loire de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son bénéfice d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de retrait de titre de son titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la procédure est irrégulière du fait de l'absence de procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est dépourvue de base légale en l'absence de fraude ; elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnait l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;

- les observations de Me Namigohar pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1988, est entré en France le 13 octobre 2014 et s'est marié avec une ressortissante française le 20 août 2016. Le 25 janvier 2019, il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 14 novembre 2018 au 13 novembre 2028. Par un arrêté du 29 juin 2023, le préfet de la Loire a retiré son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ".

3. En l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien précité, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. Un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être retiré ou abrogé par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de retrait de droit commun serait expiré. Toutefois, dès lors que les délais encadrant le retrait d'un acte individuel créateur de droit sont écoulés, il appartient à l'administration d'établir la preuve de la fraude, tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper, pour procéder à ce retrait.

4. Pour retirer le certificat de résidence algérien dont M. A est titulaire, le préfet de la Loire s'est fondé sur la rupture de la communauté de vie avec son ancienne épouse et la signature d'une convention de divorce le 8 octobre 2021 " seulement deux ans après l'obtention de son titre de séjour ", et sur la circonstance que l'intéressé aurait omis d'informer les services de la préfecture de son changement de situation. M. A soutient qu'il n'a commis aucune fraude et qu'il a entrepris diverses démarches en vue de déclarer son divorce à l'autorité préfectorale, l'arrêté attaqué faisant d'ailleurs état d'une demande présentée le 31 mai 2022 par l'intéressé relative à un " changement de situation matrimoniale ". Au regard de ces éléments, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Loire, qui n'a présenté aucune observation en défense, ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de la fraude et qu'en conséquence, la décision portant retrait de son certificat de résidence algérien est illégale.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'ordonner la production de l'entier dossier de M. A dans les circonstances de l'espèce ni de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2023 par laquelle le préfet de la Loire a retiré le certificat de résidence algérien dont il était titulaire jusqu'au 13 novembre 2028 ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'une part, de restituer à M. A, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, son certificat de résidence valable du 14 novembre 2018 au 13 novembre 2028, d'autre part, d'effacer sans délai le signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. A ne justifie pas avoir exposé d'autres frais d'instance que ceux pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle totale dont il bénéficie. Il y a lieu, par suite, de rejeter sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 29 juin 2023 du préfet de la Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de restituer à M. A, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, son certificat de résidence valable du 14 novembre 2018 au 13 novembre 2028.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toutes mesures propres à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen dès la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

Mme Lançon, première conseillère,

Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

N. Gaullier-Chatagner

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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