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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2309329

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2309329

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2309329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantKERAVEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 juillet 2023, la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de Mme A B.

Par cette requête, enregistrée le 30 juin 2023, Mme B, représentée par Me Keravec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire pour raison médicale dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 100 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

­ la décision de refus de renouvellement du titre de séjour est entachée d'incompétence de son signataire, d'une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur de droit, le préfet ayant méconnu son pouvoir d'appréciation ;

­ la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

­ la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 8 août 2023 a fixé la clôture d'instruction au 9 octobre 2023.

En application de l'article R. 611-3-1 du code de justice administrative, des pièces pour compléter l'instruction ont été demandées à la requérante le 25 mars 2024. Ces pièces ont été présentées le 29 mars 2024 et n'ont pas été communiquées.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante arménienne née en 1996, a sollicité, le 18 novembre 2021, le renouvellement d'une carte de séjour pour raison de santé. La requérante demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0220 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet du Raincy, pour ce qui concerne les décisions prises en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est approprié, sans méconnaître l'étendue de son pouvoir d'appréciation, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 30 mars 2022, selon lequel, si le défaut de prise en charge médicale de Mme B peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire. Pour contester ce motif, la requérante produit, d'une part, un certificat médical daté du 4 avril 2023 d'un praticien hospitalier du service de néphrologie de l'hôpital Tenon, qui indique principalement que Mme B est suivie pour une maladie rénale chronique sévère ayant nécessité une transplantation rénale en 2019, qu'elle bénéficie d'un suivi médical et qu'elle doit prendre quotidiennement un traitement immunosuppresseur qui n'est pas disponible dans son pays d'origine, d'autre part, des ordonnances des 21 avril 2022 et 6 novembre 2023 mentionnant les médicaments qui lui sont prescrits, notamment les immunosuppresseurs dénommés Advagraf et Cellecept, enfin, un document du centre de recherche franco-arménien daté du 15 mai 2023 qui indique que les médicaments dénommés Tacrolimus (Advagraf) et Mycophenolate Mofetil (Cellecept) ne sont pas enregistrés en Arménie et ne sont donc pas disponibles à la vente. Quand bien même les médicaments prescrits à Mme B ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine, les ordonnances médicales ne comportent pas la mention " non substituable " et il ne ressort pas des pièces du dossier que d'autres médicaments du même groupe générique ne seraient pas commercialisés en Arménie. Ces documents ne sont ainsi pas de nature à contredire l'avis du collège des médecins sur lequel s'est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis. Dès lors, sans qu'il soit nécessaire de solliciter l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision préfectorale portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

8. La requérante soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français au risque de provoquer l'interruption de son traitement en méconnaissance des dispositions précitées. Il résulte cependant des motifs déjà exposés au point 5 que Mme B peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, un tel moyen doit être écarté.

9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été titulaire de cartes de séjour temporaires pour motif médical à compter du 5 avril 2018 en raison d'une maladie rénale chronique sévère, qu'elle a bénéficié d'une transplantation rénale en 2019, qu'elle est célibataire et sans charge de famille et qu'elle dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine, notamment sa mère et ses deux frères ou sœurs. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B. Dès lors, un tel moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision préfectorale portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

12. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5, la requérante ne saurait valablement soutenir qu'elle ne pourrait plus poursuivre son traitement quotidien immunosuppresseur en cas de renvoi en Arménie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 4 juillet 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction sous astreinte et de remboursement des frais du litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Keravec et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

­ M. Toutain, président,

­ M. Doyelle, premier conseiller,

­ M. David, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleE. Toutain La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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