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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2309713

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2309713

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2309713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCELLUPICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 10 et 30 août 2023 ainsi que le 17 juillet 2024, M. A B C, représenté par Me Cellupica, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'incompétence ;

Sur le refus de renouvellement de son titre de séjour

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas pu présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision litigieuse ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi Fakhr, rapporteure ;

- et les observations de Me Cellupica, représentant M. B C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais né le 6 mars 1991, est entré en France le 27 novembre 2016. Il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire le 23 janvier 2023. Par un arrêté du 31 juillet 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B C sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur les décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2023-0527 du 8 mars 2023, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 9 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions contenues dans cet arrêté en cas d'absence ou d'empêchement du préfet. Le requérant n'allègue pas que celui-ci aurait été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

Sur le refus de renouvellement de son titre de séjour

3. En premier lieu, le requérant soutient qu'en application des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il devait avoir la possibilité de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision litigieuse. Toutefois, si le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une décision fixant le pays de renvoi. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il sollicite la délivrance d'un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande, qu'il peut compléter en tant que de besoin au cours de l'instruction de son dossier par toute information qu'il juge utile. Dès lors, le droit de l'intéressé est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné, notamment, à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B C a suivi une troisième année de licence professionnelle d'assistant en gestion des ressources humaines (DEES ARH) au cours de l'année 2016/2017, qu'il n'a pas obtenu. Il s'est alors inscrit en première année de brevet de technicien supérieur (BTS) mention services informatiques aux organisations au titre pour l'année 2017/2018. Néanmoins, après avoir validé sa première année de BTS, celui-ci n'a pas obtenu la deuxième année dudit diplôme, celui-ci ayant été absent aux examens au titre de la session 2019 et ayant obtenu une moyenne de 4/20 au titre de la session 2020. S'il fait valoir s'être inscrit, à compter du 9 novembre 2020, à une formation d'administrateur systèmes et réseaux de niveau bac +3, il ne justifie pas avoir obtenu un quelconque diplôme au terme de celle-ci. Enfin, si M. B C s'est également inscrit, à compter du 10 juin 2021, en " Bachelor digital RH ", il ressort de ses propres écritures que celui-ci n'a pas entendu s'en prévaloir pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour, cette formation, au demeurant, s'exerçant uniquement à distance et constituant une formation professionnelle continue ne lui permettant pas d'être regardé comme un étudiant. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que, faute de progression régulière dans son parcours, M. B C ne justifiait pas d'études réelles et sérieuses.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et au termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. En l'espèce, M. B C fait valoir qu'il réside habituellement en France, sous couvert de titres de séjour, depuis le 27 novembre 2016, soit près de six années à la date de la décision attaquée, et que sa mère, ainsi que la majeure partie de sa fratrie, résident régulièrement sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la mère du requérant ainsi que son frère sont titulaires de titres de séjour et que les deux sœurs de l'intéressé sont de nationalité française. Toutefois, M. B C, célibataire, sans enfant et âgé de trente-trois ans, réside en France depuis neuf années sous couvert de cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant " et ne lui donnant donc pas vocation à s'installer durablement sur le sol français. De plus, celui-ci a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 20 ans. Enfin, il ne justifie pas d'une nécessité à sa maintenir sur le territoire français, sa mère étant prise en charge, selon ses propres écritures, par sa sœur. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la présente décision méconnaît les articles précités.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est infondé.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A B C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de remboursement des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Toutain, président,

- Mme Ghazi Fakhr, première conseillère,

- M. David, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,Le président,SignéSigné A. Ghazi Fakhr E. Toutain

La greffière,

SignéC. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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