mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2309925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | ZEKRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 août 2023, M. C B représenté par Me Zekri, demande à la présidente du tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 17 août 2023 par lesquelles le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence d'un an en tant que parent d'enfant français, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 00 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations du 4) de l'article 6) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
- la décision fixant le pays d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Le préfet des Yvelines auquel les écritures de la partie requérante ont été communiquées n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 31 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Iss pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Iss,
- les observations de Me Zekri, représentant M. B,
- les observations de M. B,
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par Me Zekri pour M. B a été enregistrée le 3 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 août 2023, le préfet des Yvelines a obligé M. B, ressortissant de nationalité algérienne né le 18 septembre 1993 à Seeheim (Allemagne), à quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par cette requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". L'article 80 dudit décret dispose que " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les moyens communs aux décisions contestées :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Il indique notamment que M. B déclare être entré en France en 2011 sans être en possession des documents et visas exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il est défavorablement connu des services de police au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) à 28 reprises sous son propre nom et sous 7 alias différents pour des faits indiquant que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre public, qu'il ressort de son procès-verbal d'audition qu'il a déclaré ne pas envisager de retour en Algérie, que s'il déclare avoir sa compagne et ses deux enfants âgés de 4 ans et 1 an et demi il n'apporte aucun élément de nature à établir l'ancienneté et la stabilité des liens dont il se prévaut avec ces derniers, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée d'interdiction de retour d'un an ne porte pas atteinte au droit à l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale, qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, il résulte de ce qui précède que, si le requérant se prévaut notamment à l'appui du moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen sérieux en ce que la nationalité française de sa compagne et de ses enfants n'a pas été examinée par le préfet, et que celui-ci a erronément indiqué qu'il n'avait pas déposé de demande de titre de séjour antérieurement à l'arrêté, attaqué, il ressort tout d'abord que dans son procès-verbal d'audition du 17 août 2023 M. B n'a pas indiqué que la nationalité de sa compagne et de ses enfants était française, et ensuite la circonstance qu'il justifie d'une confirmation du " dépôt d'une pré-demande " de titre de séjour du 25 avril 2023, n'est pas elle seule à même d'indiquer un défaut d'examen sérieux de sa situation par le préfet. Ainsi, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen sérieux de sa situation n'est pas établi.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
6. Il ressort des pièces du dossier que si M. B établit être le père de deux enfants de nationalité française nés en 2019 et 2022, avec une personne qu'il présente comme sa concubine, d'une part il ressort des pièces du dossier qu'il ne justifie ni d'une vie commune avec cette dernière, ni qu'il subvienne effectivement à leurs besoins, ne produisant à cet effet qu'une attestation du 2 mai 2024 postérieure à l'arrêté attaqué de la mère de ses enfants, un certificat du 29 avril 2024, postérieur à l'arrêté attaqué, de la directrice de l'école de son enfant A née en 2019 indiquant qu'il dépose chaque matin sa fille et la récupère à 16h30, ainsi que des preuves de virement mensuels de 25 euros des mois de mai 2023 à août 2023, antérieurs à la décision attaqués, ainsi que de septembre 2023 à février 2024, postérieurs à la décision attaquée. Ces dernières pièces insuffisamment nombreuses, diversifiées et probantes n'établissent ainsi pas que M. B subviendrait effectivement aux besoins de ses enfants français mineurs à la date de la décision attaquée. Toutefois, d'autre part, s'il n'est pas contesté en défense qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de ses enfants, cependant, le requérant ne conteste pas utilement les mentions de l'arrêté attaqué indiquant explicitement qu'il constitue une menace pour l'ordre public de par notamment ses 28 signalements au FAED, en particulier sous 7 alias outre son propre nom, pour des faits graves de violences et répétés de vols entre autres des années 2013 à 2023. Ainsi, eu égard à ces éléments, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations sus-citées, eu égard notamment à une erreur de droit, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
8. Il ressort des pièces du dossier et il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants mineurs, en particulier depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans, à la date de la décision attaquée, ne justifiant pas que ceux-ci résident à son domicile, et ne produisant que des pièces insuffisamment nombreuses, diversifiées et probantes à cet effet. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait méconnu les dispositions sus-citées, eu égard notamment à une erreur de droit, doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B, s'il déclare résider habituellement en France depuis l'année 2011, être en concubinage avec une ressortissante française et contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français, ne l'établit pas à la date de la décision attaquée, ne produisant pas de pièces suffisamment nombreuses, diversifiées et probantes à cet effet. En outre, il ne produit aucune preuve relative à son intégration professionnelle en France à la date de l'arrêté attaqué, les attestations de formation produites lui étant postérieures. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il ne conteste pas utilement, eu égard à ses nombreux signalements réitérés au FAED des années 2013 à 2023 que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Eu égard à ces éléments, par l'arrêté attaqué, et notamment la durée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni n'a entaché son arrêté d'une erreur de droit à cet effet, ni entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'un défaut de base légale de par l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Les conclusions tendant à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de l'Etat sont rejetées par voie de conséquence.
D E C I D E
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au Préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
Le magistrat désigné par la présidente du tribunal,
A. Iss La greffière,
C. Yen Pon
La République mande et ordonne au Préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026