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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2310026

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2310026

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2310026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2308661 du 21 août 2023, enregistrée le 22 août 2023, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 19 août 2023, présentée par M. B A.

Par cette requête et un mémoire, enregistré le 28 septembre 2023, M. A, représenté par Me Haïk, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- l'auteur de l'arrêté contesté n'a pas justifié de sa compétence ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la procédure de vérification de sa situation au regard du droit du séjour des étrangers est entachée d'irrégularité ;

- son droit d'être entendu préalablement à l'édiction des décisions contestées a été méconnu ;

- il n'a pas bénéficié du concours d'un interprète lors de la notification de cet arrêté ;

- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- en prenant une décision disproportionnée, le préfet a commis une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Löns, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Löns a été entendu au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 22 septembre 1979 à Odjini (Côte d'Ivoire), demande l'annulation de l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 juillet 2023, régulièrement publié le 1er août 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à l'adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement pour signer les obligations de quitter le territoire français et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

4. En troisième lieu, les conditions de la retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.

5. En quatrième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu, il ressort cependant des procès-verbaux produits à l'instance qu'il a été entendu avant l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse et qu'il a pu, à cette occasion, faire état de sa situation personnelle.

6. En cinquième lieu, les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été notifié sans le concours d'un interprète est inopérant.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A se prévaut d'une présence en France depuis le 2 octobre 2017, d'un concubinage avec une ressortissante française depuis le 7 novembre 2021 et d'activités professionnelles sous contrat à durée déterminé du 1er décembre 2017 au 29 septembre 2019, du 9 décembre 2021 au 30 avril 2022 puis sous contrat à durée indéterminée, en qualité de carrossier, à compter du 2 novembre 2022. Toutefois, en se bornant à produire deux courriers d'EDF datant respectivement du 2 avril 2023 et du 13 juillet 2023 et une attestation établie par l'intéressée, M. A n'établit pas la réalité et l'ancienneté de la vie commune. Sa durée de résidence et son activité professionnelle ne révèlent pas l'existence de liens privés ou familiaux d'une particulière intensité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en prononçant une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. L'arrêté contesté vise les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. A est démuni de tout document d'identité ou de voyage et n'a effectué aucune démarche administrative afin de régulariser sa situation. Il ajoute que l'intéressé travaille sans avoir obtenu l'autorisation mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail. L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Cette décision est donc suffisamment motivée.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 et indique que M. A déclare être entré en France le 2 octobre 2017 et vivre en concubinage, sans charge de famille. Il relève qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 29 avril 2022. Dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur l'existence d'une menace pour l'ordre public, il n'était pas tenu de faire état de ce critère dans les motifs de sa décision. L'interdiction de retour sur le territoire français est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

11. En second lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet a examiné si l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans porte une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de procéder à un tel examen, le préfet a commis une erreur de droit.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Haïk et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

A. Löns Le greffier,

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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