lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2310153 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DODIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 août et 24 novembre 2023, M. D B, représenté par Me Raccah, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français, refuse de lui accorder un délai de départ volontaire, fixe le pays de son renvoi et lui interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou tout autre préfet compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date du jugement et sous astreinte fixée à 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou tout autre préfet compétent de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier SIS ;
5°) de condamner l'État à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, notamment familiale, et de ce que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas avéré qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement qui n'est pas produite ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions précédentes ;
- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions précédentes, est entachée d'insuffisance de motivation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baffray ;
- les observations de Me Raccah pour le requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 2 janvier 1996, a, le 23 août 2023, été placé en garde à vue pour des faits de vol aggravé commis le 10 août 2023 à La Courneuve. Par un arrêté du 23 août 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les moyens de légalité communs à l'ensemble des décisions :
4. Par un arrêté n° 2023-2213 du 23 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, M. A C, attaché d'administration de l'Etat, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement a reçu délégation du préfet de la Seine-Saint-Denis pour signer des décisions telles que celles que comportent l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du signataire de l'arrêté doit être écarté.
Sur les moyens de légalité propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué indique les éléments de droit et de fait sur lesquels est fondé la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est dès lors suffisamment motivée, conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit l'asile, même si elle ne précise pas que l'intéressé avait déclaré lors de son audition par les services de police être marié en France avec une ressortissante étrangère en situation régulière avec laquelle il aurait une enfant âgée de neuf mois.
6. En deuxième lieu, il ne ressort nullement des termes de cette décision que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour la prononcer.
7. En dernier lieu, si l'intéressé maintient, sans autre précision, être marié depuis six mois avec une ressortissante étrangère en situation de séjour régulier et être père d'une fille née en France et âgée de neuf mois, il n'a produit aucune pièce permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations et, a fortiori, la réalité de sa vie maritale et sa participation à l'éducation et à l'entretien de cet enfant. Il ne prouve pas davantage qu'il " travaille dans la livraison ", ni ne précise même dans quelles conditions et depuis quand. Il ne fournit pas plus d'autre élément tangible sur ses attaches familiales et personnelles en France, où il déclare être arrivé en 2018, soit à l'âge de 22 ans. Dès lors, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, résulterait du défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences ne peuvent qu'être écartés.
Sur les moyens de légalité propres à la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; /() / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
10. En l'espèce, si l'intéressé fait valoir qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant refus de délai de départ volontaire est en tout état de cause légalement fondée sur les 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sont remplies les conditions énoncées aux 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 7, M. B, qui ne dément pas sérieusement avoir été interpellé pour avoir commis des faits de vol aggravés le 10 août 2023, caractérisant un comportement présentant une menace pour l'ordre public, et a reconnu lors de son audition par les services de police avoir déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2022 à laquelle il ne s'est pas conformé, ne démontre pas que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur les moyens de légalité propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français durant trente-six mois :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ne peut qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois a été prise au regard de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B, notamment de la durée de son séjour, de l'absence de l'absence de justification d'attaches familiales et personnelles en France, de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement et de la menace à l'ordre public que présente sa présence en France. Ainsi, cette mesure est également suffisamment motivée, conformément aux dispositions des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 7 et 11, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français durant trente-six mois est entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays vers lequel M. B pourra être renvoyé d'office à défaut de la respecter est illégale par voie de conséquence de cette mesure doit aussi être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions que comporte l'arrêté attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction doivent alors être rejetées, de même que, par conséquent, celles tendant à l'application en faveur de son conseil des dispositions articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Raccah et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.
Le magistrat désigné,La greffière,
J.-F. BaffrayD. Coulibaly
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026