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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2310494

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2310494

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2310494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 septembre 2023 et le 2 octobre 2023, M. C A, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 3 et représenté par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise au terme d'une procédure ayant méconnu son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de son dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour à la préfecture de police ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué Mme Courneil, conseillère, pour statuer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1 et L. 776-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- les observations de Me Pierre, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise par ailleurs que M. A a quitté la Côte-d'Ivoire en 2008.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien, demande l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 relatif à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

4. En premier lieu, par arrêté n° 23-089 du 26 juin 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le 30 juin 203, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme B D, sous-préfète chargée de mission, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Val-d'Oise, à l'effet de signer toutes décisions, actes, arrêtés, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département. Son article 2 dispose en particulier qu'une délégation non-limitative est accordée à Mme B D en cas d'empêchement du préfet et de la secrétaire générale, ou pendant les périodes de permanence. Or il n'est pas apporté la preuve par l'intéressé que Mme B D ne se trouvait pas dans cette situation, dès lors le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté en litige vise les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A. En outre, il décrit la situation administrative et personnelle de l'intéressé. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

Sur la légalité la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interrogé par un officier de police judiciaire le 3 septembre 2023 à 16 heures 20 dans le cadre d'une enquête de flagrance pour violences conjugales. Il ressort du procès-verbal de cette audition que M. A a été en mesure de présenter en détail sa situation administrative, personnelle et professionnelle et qu'il a par ailleurs été informé de la possibilité que la préfecture décide de le reconduire en Côte-d'Ivoire. Il résulte de ce qui précède que, préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français en litige, et contrairement à ce que soutient le requérant, ce dernier a été expressément informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français et a été en mesure de présenter ses observations et de faire ainsi mention de tout élément utile relatif à sa situation. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu avant de faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

8. En deuxième lieu, M. A soutient que le préfet du Val-d'Oise a entaché son arrêté d'un défaut d'examen dès lors qu'il n'a pas tenu compte de la circonstance qu'il avait déposé le 13 décembre 2022, auprès de la préfecture de police, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, il ressort des motifs de la décision en litige que celle-ci rapporte une telle circonstance. En outre, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve dans l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, dont ne relève pas la demande d'admission exceptionnelle au séjour sollicitée par M. A. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des mentions de la décision en litige que le préfet ne s'est pas borné à opposer l'existence d'une menace à l'ordre public que constitue sa présence en France, ayant par ailleurs décrit la situation administrative et personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

10. Si M. A soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il résulte en tout état de cause des termes du sixième motif de l'arrêté contesté que la mesure d'éloignement est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a relevé que M. A ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y était maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen relatif à l'absence de menace pour l'ordre public ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. D'une part, si M. A se prévaut d'une relation conjugale avec une compatriote en situation régulière, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de la plainte que cette dernière a déposée le 3 septembre 2023 pour violences conjugales, que sa compagne, rencontrée un an plus tôt, l'accuse de violences physiques et verbales et d'instrumentaliser leur relation afin d'obtenir un titre de séjour. Elle a, en outre, déclaré à la police vouloir mettre fin à leur relation. D'autre part, la seule circonstance qu'il dispose de bulletins de salaire pour un emploi à temps partiel en qualité d'agent de service au cours de l'année 2020 n'est pas de nature à justifier que M. A disposerait désormais du centre de ses intérêts sociaux ou professionnels en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

14. Il ressort du procès-verbal d'audition du 3 septembre 2023 que M. A a déclaré ne détenir aucun document d'identité et que, si la préfecture décidait de prendre une mesure d'éloignement à son encontre, il s'y opposerait. En application des dispositions précitées combinées, le préfet a pu à bon droit considérer qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et ainsi refuser, pour ce motif, de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En second lieu, pour le même motif qu'exposé au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

17. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à la décision, ici contestée, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, qui vise les dispositions des articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise les éléments relatifs à la durée de présence de l'intéressé sur le territoire français ainsi que la nature et de l'ancienneté de ses liens familiaux au vu desquels le préfet a prononcé une interdiction de retour et fixé sa durée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

19. En troisième lieu, pour le même motif qu'exposé au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 3 septembre contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 3 octobre 2023.

La magistrate désignée,

L. COURNEILLa greffière,

C. GOOSSENS

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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