mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2310549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | DELIMI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 6 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 21 août 2023, présentée par M. A B.
Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 23 avril 2024, M. A B, représenté par Me Delmi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivants le jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen dans un délai de huit jours ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991 ou à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont entachées d'un défaut d'examen, méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Seine-Saint-Denis le 22 août 2023 et un mémoire en défense a été enregistré le 23 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lamlih, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lamlih, rapporteure ;
- les observations de Me Delmi représentant M. A B présent, reprenant les conclusions et moyens de ses dernières écritures.
Le préfet n'était pas présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant camerounais, né le 24 juillet 1982, demande l'annulation de l'arrêté du 19 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en litige seraient entachées d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Le requérant se prévaut d'une présence en France depuis 2013, toutefois, les pièces qu'il produit ne justifie cette présence qu'à partir de décembre 2014. En outre, le requérant ne produit aucune pièce pour la période allant de novembre 2016 à février 2017 et justifie insuffisamment sa présence en France au cours de l'année 2019. M. B soutient vivre en concubinage depuis 2022 avec une ressortissante française avec laquelle il souhaite se pacser. Toutefois, cette relation est peu établie et est en tout état de cause très récente à la date de l'arrêté attaqué. En effet, les pièces produites par le requérant ne permettent d'établir cette relation qu'à partir du 2 novembre 2021. Enfin, si le requérant se prévaut de la présence de sa fille née le 28 janvier 2009 d'une précédente union, la seule attestation de son ancienne compagne qu'il produit pour justifier de la contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant est insuffisante. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. B, qui ne justifie pas d'une insertion particulière en France et qui ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie, n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en litige porteraient au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Ces décisions n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et non sont pas non plus, pour les mêmes motifs, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. B ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination litigieuses ont porté une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Elles n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est connu des services de police pour des faits de violence aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 18 août 2023 ainsi que pour des faits de dégradation ou de détérioration d'un bien appartenant à autrui commis le 7 juin 2021. Si le requérant soutient que les faits de violence aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis le 18 août 2023 n'ont pas fait l'objet d'une condamnation pénale et ont fait l'objet d'un classement sans suite, il ne conteste cependant pas la matérialité de ces faits. En outre, les faits de dégradation ou de détérioration d'un bien appartenant à autrui commis le 7 juin 2021 ne sont ni anciens, contrairement à ce que le requérant soutient, ni dépourvus de gravité. Dans ces conditions, eu égard à la gravité de ces faits, à leur caractère récent, en considérant que le comportement de M. B était de nature à constituer une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché la décision refusant un délai de départ volontaire d'une erreur d'appréciation. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article
L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception doit être écartée.
10. Eu égard à sa situation personnelle telle que décrite au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas non plus, pour les mêmes motifs, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qu'il précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Delmi et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La magistrate désignée,
D. Lamlih La greffière,
S. Lopes-Gomes
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026