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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2310823

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2310823

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2310823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de l'admettre au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des faits et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est disproportionnée ;

- le requérant dispose des garanties de représentation suffisantes.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bazin, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Bazin qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté ;

- les observations de Me Milly, substituant à Me Weinberg, représentant M. B, absent, qui maintient ses écritures et soutient, en outre, que la requête n'est pas tardive dès lors que le préfet n'établit pas l'heure à laquelle la garde à vue de M. B a été levée, que l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'un vice d'incompétence, d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux, d'un défaut de base légale, d'une erreur de fait dès lors que M. B n'est pas démuni de passeport, qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est un ressortissant tunisien né le 11 mai 1993. Le 11 septembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un autre arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision d'assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 11 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Aux termes du II de l'article R. 776-5 du même code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu notification de l'arrêté attaqué par voie administrative le 11 septembre 2023, à 18 heures 10. Cet arrêté mentionnait les voies et délais de recours. Or, la requête de M. B n'a été enregistrée que le 13 septembre 2023, à 18 heures 29. Si le requérant soutient que le préfet n'établit pas l'heure à laquelle sa garde à vue a été levée le 11 septembre 2023, il n'est pas établi, ni même allégué que M. B ne pouvait pas bénéficier de l'assistance d'un avocat en garde-à-vue. Dès lors, le délai de quarante-huit heures dont il disposait pour saisir le tribunal administratif d'un recours, conformément aux dispositions du II de l'article R. 776-2 précité, était expiré. Par suite les conclusions dirigées contre cette décision sont tardives et ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'arrêté du 11 septembre 2023 portant assignation à résidence :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-8 du même code : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Le délai de quarante-huit heures prévu au premier alinéa est également applicable à la contestation de la décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à la décision d'éloignement, alors même que la légalité de cette dernière a été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables au jugement de la décision d'assignation à résidence contestée en application du présent article ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu notification de l'arrêté attaqué par voie administrative le 11 septembre 2023, à 18 heures 05. Cet arrêté mentionnait les voies et délais de recours. Or, la requête de M. B n'a été enregistrée que le 13 septembre 2023, à 18 heures 29. Si le requérant soutient que le préfet n'établit pas l'heure à laquelle sa garde à vue a été levée le 11 septembre 2023, il n'est pas établi, ni même allégué que M. B ne pouvait pas bénéficier de l'assistance d'un avocat en garde-à-vue. Dès lors, le délai de quarante-huit heures dont il disposait pour saisir le tribunal administratif d'un recours, conformément aux dispositions de l'article L. 732-8 précité, était expiré. Par suite les conclusions dirigées contre cette décision sont tardives et ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Weinberg et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La magistrate désignée,

L. BAZIN La greffière,

C. GOOSSENS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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