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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2311205

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2311205

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2311205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantNEVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 septembre 2023 et

16 février 2024, M. A B, représenté par Me Neven, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la requête est recevable ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il méconnait l'article 40-29 du code de procédure pénale ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des motifs exceptionnels qu'il présente et des conséquences que ce refus emporte sur sa situation personnelle ;

- il méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle illégale dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'apporte pas la preuve de ce qu'il représente une menace pour l'ordre public ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- elle est illégale par voie d'exception et est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lamlih, rapporteure,

- et, les observations de Me Souron-Cosson substituant Me Neven, représentant M. B.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 17 novembre 1994 et entré en France le

22 juillet 2017, demande l'annulation de l'arrêté en date du 18 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

3. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir que la requête de M. B est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été introduite dans le délai opposable de trente jours à compter de la notification à l'intéressé le 24 avril 2023 de l'arrêté attaqué du 18 avril 2023 et produit à l'instance un justificatif du suivi du courrier adressé par lettre recommandé avec accusé de réception. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le bordereau d'avis de passage produit par le préfet de la Seine-Saint-Denis en défense ne porte aucune mention concernant la présentation ou la distribution dudit courrier, ni la signature du destinataire. En outre, le requérant soutient ne pas avoir été destinataire de ce courrier adressé par la préfecture et produit à l'instance un courriel du 14 décembre 2023 du responsable opérationnel de la branche service-courrier-colis de l'établissement la plaine Saint-Denis de la société La poste précisant que ledit courrier recommandé n'est jamais arrivé au destinataire et qu'une erreur entre l'expéditeur et le destinataire a été commise. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'il n'est pas établi que l'arrêté attaqué du 18 avril 2023 lui aurait été régulièrement notifié, si bien que les délais de recours n'ont pas commencé à courir. Dès lors, contrairement à ce que soutient le préfet de la Seine-Saint-Denis en défense, la requête, qui a été enregistrée au greffe du tribunal le

21 septembre 2023, n'est pas tardive. Il y a donc lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par arrêté n°2023-0527 du 8 mars 2023, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 9 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions contenues dans cet arrêté en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet. Le requérant n'établit pas que celui-ci n'aurait été ni absent, ni empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise notamment l'article 3 de l'accord franco-marocain du 7 octobre 1987 ainsi que les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne différents éléments de la situation personnelle et familiale de M. B. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, () reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire français, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

9. Pour refuser un titre de séjour à M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits de menace de mort réitéré le 18 avril 2022 et que ces faits sont de nature à considérer le requérant comme susceptible de constituer une menace pour l'ordre public. Toutefois, le requérant, qui n'est pas contredit par le préfet de la Seine-Saint-Denis en défense, conteste formellement ces faits et produit un avis de classement sans suite en date du 26 septembre 2023 par le procureur de la République près la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de la menace pour l'ordre public.

10. Toutefois, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur la circonstance que le requérant " ne justifie ni de motifs exceptionnels ni de raisons humanitaires pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ". Il ressort des pièces du dossier que M. B a été titulaire d'un titre de séjour d'une durée d'un an délivré le 28 octobre 2020 en qualité de conjoint d'une ressortissante française, qu'il est séparé de son épouse depuis le 1er août 2021, qu'il ne réside pas avec l'enfant née, le 11 avril 2022, de l'union qu'il a eue avec cette dernière et qu'il ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de cette enfant. Si le requérant soutient que la mère refuse de lui permettre de contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, il ne produit pour l'établir que deux messages adressés les 7 novembre et 15 décembre 2021, antérieurs à la naissance, ainsi qu'une main courante enregistrée le 7 avril 2022 ne faisant état d'aucune mention concernant ladite contribution et un courrier du 7 octobre 2022 adressé à sa compagne. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que M. B n'a reconnu son enfant que le 8 janvier 2024. Par ailleurs, si le requérant soutient exercer plusieurs activités professionnelles depuis octobre 2018, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 et ne justifie de la stabilité de son emploi de plongeur au sein de la même entreprise que depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où réside sa mère. Il en résulte que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de ce que le requérant ne justifie pas de motifs exceptionnels. Dans ces conditions, la décision refusant un titre de séjour n'est, en tout état de cause, pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'est pas non plus, pour les mêmes motifs, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation, au titre du travail, du préfet de la Seine-Saint-Denis.

11. En cinquième lieu, eu égard à ce qu'il a été dit au point 9, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnait l'article 40-29 du code de procédure pénale ne peut qu'être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

13. Eu égard à la situation de M. B telle qu'exposée au point 10, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne méconnait pas non plus, pour les mêmes motifs, les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.

14. En septième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

15. En huitième lieu, le requérant, eu égard à sa situation personnelle et familiale telle que décrite au point 10, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

16. En neuvième lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ". ".

17. Eu égard à ce qui a été dit au point 9, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent.

18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 16 et 17 que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. Par voie de conséquence, il est également fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

19. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

20. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, implique seulement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. B, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Seine-Saint-Denis du 18 avril 2023 portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 18 avril 2023 ci-dessus annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Guiral, premier conseiller,

Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

D. Lamlih

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2311205

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