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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2311405

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2311405

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2311405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantBOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2302855 du 20 septembre 2023, le tribunal administratif d'Amiens a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête, présentée par M. B A, représenté par Me Boy, enregistrée le 24 août 2023.

Par cette requête M. A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans l'ensemble de ses décisions :

- le signataire de l'arrêté était incompétent ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il est entré régulièrement sur le territoire français, qu'il possède un document de voyage en cours de validité et une domicile effectif et stable ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête sont infondés.

Vu :

- l'arrêté du 22 août 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Jimenez pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jimenez, magistrate désignée, qui a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office s'agissant de la base légale de l'arrêté attaqué, et que les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pouvaient être substituées aux dispositions du 1° de cet article ;

- les observations de Me Boy, représentant M. A, qui maintient ses écritures.

La préfète de l'Oise n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, un ressortissant marocain né le 26 juillet 1986 à Berkane (Maroc), qui a été interpellé par les services de police de Crepy-en-Valois le 22 août 2023 et placé en garde à vue pour escroquerie, n'a pas été en mesure de présenter des documents l'autorisant à résider sur le territoire français. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'arrêté dans l'ensemble de ses dispositions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet pour signer notamment les décisions et les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la préfète de l'Oise a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai au motif qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. A, qui détient un passeport marocain en cours de validité, est entré sur le territoire français le 5 janvier 2017 muni d'un visa de court séjour. Toutefois l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa expiré le 10 février 2017, sans régulariser sa situation. Par suite, les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à celles du 1° de cet article.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France le 5 janvier 2017 et qu'il est titulaire d'un contrat de travail depuis le mois de mars 2023. Concernant sa vie familiale, M. A déclare vivre avec sa concubine, sans alléguer de sa présence régulière sur le territoire français, ni préciser la durée de leur relation, et avoir tissé des liens affectifs et amicaux sur le territoire français, sans l'établir. Il ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles son épouse et leurs deux enfants résident au Maroc. Par suite, eu égard à sa faible insertion professionnelle et à sa situation familiale, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte excessive au droit de M. A à mener une vie privée et familiale normale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. La préfète de l'Oise a pris la décision attaquée au motif que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas de l'effectivité et de la stabilité de son logement. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. A, qui détient un passeport marocain en cours de validité, est entré sur le territoire français le 5 janvier 2017 muni d'un visa de court séjour et réside de manière stable, continue et effective depuis cette date au 43 rue de la boulangerie à Saint-Denis, puis au 2 rue Maurice Gunsbourg à Athis Mons, au 12 rue Manin à Paris et enfin au 77 rue Gabriel Peri à Saint-Denis. Dès lors, il fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a entaché la décision lui refusant un délai de départ volontaire d'erreurs de fait. Toutefois pour établir que la décision attaquée était légale, la préfète de l'Oise invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. A deux autres motifs, tirés de ce que ce dernier s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa expiré le 10 février 2017, sans régulariser sa situation et qu'il a déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Il ressort en effet des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas de démarche tendant à la régularisation de sa situation administrative à l'expiration de son visa court séjour. La préfète de l'Oise aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Il y a dès lors lieu de procéder à la substitution demandée, qui ne prive le requérant d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. Eu égard aux motifs exposés au point 5 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023

La magistrate désignée,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2311405

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