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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2311696

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2311696

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2311696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt n° 23PA02013 du 27 septembre 2023, la cour administrative d'appel de Paris, saisie d'un appel présenté pour Mme B A, a annulé l'ordonnance n° 2216316 du 23 novembre 2022 du président de la 6ème chambre du tribunal administratif de Montreuil et renvoyé l'affaire au tribunal pour qu'il soit statué sur la requête de Mme A.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 novembre 2022 et 13 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours ou, à défaut de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosin de la somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Concernant les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

Concernant les moyens dirigés contre la mesure d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

Concernant les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de la mesure d'éloignement ;

- elle est signée par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 avril 2024.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration, observateur à l'instance, a produit des pièces, enregistrées le 3 juin 2024, qui ont été communiquées aux parties le 4 juin 2024, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2024 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dupuy-Bardot a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 20 décembre 1989, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 26 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination pour son éventuel éloignement d'office. Le président de la 6ème chambre du tribunal de céans a rejeté comme irrecevable la requête présentée par Mme A contre cette décision par une ordonnance du 23 novembre 2022. Par un arrêt n° 23PA02013 du 27 septembre 2023, la cour administrative d'appel de Paris a annulé cette ordonnance, au motif qu'elle était irrégulière, et renvoyé l'affaire au tribunal afin qu'il soit à nouveau statué sur la requête de Mme A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".

3. En l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande présentée par Mme A au motif, ainsi qu'il ressort de l'avis émis le 28 juillet 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que, si le défaut de la prise en charge médicale que nécessite l'état de santé de Mme A pourrait certes entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourra néanmoins effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est atteinte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), est traitée par Eviplera, qui associe trois antirétroviraux actifs, l'emtricitabine, le ténofovir et la rilpivirine. La requérante soutient que la rilpivirine n'est pas disponible dans son pays d'origine et produit une copie de la liste nationale des médicaments essentiels éditée par le ministère de la santé et de l'hygiène publique de Côte-d'Ivoire sur laquelle ledit médicament n'apparaît effectivement pas. Elle établit également, par la production d'un certificat médical d'un praticien hospitalier de l'hôpital Tenon, certes postérieur à la décision attaquée mais qui démontre un état antérieur à cette dernière, que son traitement actuel, résultant de la combinaison de trois molécules dont la rilpivirine, présente des caractéristiques particulières d'efficacité, d'innocuité et de tolérance qui font obstacle à une substitution par un autre traitement. Dans ces conditions, et en l'absence de tout élément apporté par le préfet quant à la disponibilité du traitement de Mme A en Côte-d'Ivoire, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée pouvait bénéficier à la date de l'arrêté attaqué, eu égard à sa pathologie, d'un traitement approprié disponible dans son pays d'origine. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant, pour ce motif, de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour en litige est illégale et à en demander l'annulation ainsi que celle des décisions subséquentes contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, il y a lieu d'annuler l'ensemble de ces décisions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que l'autorité administrative territorialement compétente délivre un titre de séjour pour raisons de santé à Mme A. Par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer un tel titre de séjour à la requérante, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut ainsi se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rosin de la somme de 1 100 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 octobre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer un titre de séjour à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rosin une somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

Mme Boucetta, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

Le greffier,

Y. El Mamouni

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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