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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312344

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312344

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantLEBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 octobre 2023 et 20 mars 2024, M. B C, ressortissant ivoirien représenté par Me Léa Leboul, avocat, demande au tribunal administratif :

- d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 16 octobre 2023 l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et l'espace Schengen et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

- d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard ;

- d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen assortissant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

- de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Leboul, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient, notamment, que lui et sa compagne sont les parents de la jeune A C. Le 4 août 2023, l'OFPRA a reconnu la qualité de réfugié à la fille de M. C en application des dispositions de l'article L. 511-1 du CESEDA. Depuis cette date, elle est placée sous la protection juridique et administrative de l'Office. Par conséquent, M. C, en qualité d'ascendant direct, entre dans la catégorie des personnes définies au 4° de l'article L. 424-3 du CESEDA et pouvant bénéficier d'une carte de résident.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de M. C. Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Romnicianu, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 à 09h30, tenue en présence de M. El Mamouni, greffier d'audience :

- le rapport de M. Romnicianu, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lantheaume substituant Me Leboul, représentant M. C ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.A la suite de son interpellation le 16 octobre 2023, M. B C, ressortissant ivoirien né le 11/06/1984 à Mankono (Côte d'Ivoire), a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du même jour l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'1 an. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté préfectoral.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2.M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3.Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée () ".

4.Indépendamment de l'énumération faite par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou un accord international régulièrement ratifié et publié prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

5.Il ressort des pièces du dossier que la fille de M. C, Mlle A C, née le 23/02/2023, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 04/08/2023. Par suite, M. C, en sa qualité de parent d'un enfant auquel la qualité de réfugié a été reconnue, peut prétendre à la délivrance de plein droit d'une carte de résident en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C remplissant les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance faisait légalement obstacle à ce que le préfet l'oblige à quitter le territoire français.

6.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 16 octobre 2023 l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et l'espace Schengen et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'1 an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7.Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8.En application de ces dispositions, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. C, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une astreinte.

9.Il y a également lieu d'enjoindre au préfet d'effacer le signalement de M. C du système d'information Schengen dans le délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10.M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leboul, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leboul de la somme de 1 000 (mille) euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 16 octobre 2023 concernant M. C est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation administrative de M. C, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 16 octobre 2023 annulée, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à Me Leboul une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leboul renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Leboul et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

M.Romnicianu

Le greffier,

Y. El Mamouni

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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