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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312613

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312613

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCARUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 octobre 2023 et 9 mai 2024, M. C B et Mme D A, représentés par Me Balaguer, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré un permis n° PC 093 048 22 B0206 à la SCI Les Œillets pour la réalisation de travaux et le changement de destination d'une construction, située 26 rue Edouard Vaillant à Montreuil, sur un terrain cadastré BL n°0180, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Montreuil la somme de 3 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- ils justifient d'un intérêt à agir en qualité de voisins immédiats du terrain d'assiette du projet, qui aura pour conséquence une perte d'ensoleillement majeure de leur maison, et une perte de la vue dégagée dont ils bénéficient actuellement alors que les travaux sont susceptibles d'engendrer des dommages à ses murs et fondations, ainsi que l'encaissement du rez-de-chaussée et la survie des cultures existant dans leur jardin arboré et le potager attenant, à partir du rez-de chaussée et du premier étage de la maison ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, dès lors qu'il ne comporte pas de document graphique permettant d'apprécier pleinement l'insertion du projet de construction dans son environnement, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, en particulier par rapport aux bâtis protégés par l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme ;

- compte tenu de l'ampleur des transformations que la réalisation du projet suppose de faire sur le bâtiment, le projet doit être regardé comme l'édification d'une construction nouvelle au sens et pour l'application du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) d'Est Ensemble et non comme des travaux sur construction existante ;

- l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance du b) du 1. de l'article 3 des dispositions commune à l'ensemble des zones du règlement du PLUi, les modifications opérées sur le bâtiment existant ne lui permettant pas de s'insérer correctement dans son environnement immédiat dès lors que, d'une part, la structure et la morphologie du projet ne ressemblent pas à celles des bâtiments avoisinants, lesquels présentent, pour certains d'entre eux, un intérêt patrimonial particulier, que, d'autre part, le projet supprimera l'harmonie de hauteur avec les bâtiments situés en limite séparative, et qu'enfin, la toiture terrasse ne respecte pas les spécificités des toitures existantes dans l'environnement du projet, qui sont à double pente ;

-il méconnaît le f) du 1 de l'article III du règlement du PLUi, relatif aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques, dès lors qu'il présente un accès de moins de 3 mètres, ce qui interdisait toute construction nouvelle, ce que prévoir pourtant le projet ; quand bien même il serait regardé comme une construction existante, il méconnaîtrait toujours ces dispositions, dès lors que les accès prévus ne sont pas adaptés à l'opération envisagée ;

- il méconnaît le f) du 2 de l'article III du règlement du PLUi, dispositions communes à l'ensemble des zones, relatives au patrimoine bâti, qui prévoient qu'une réduction de hauteur à 6 mètres maximum peut être imposée à un projet en cas de contiguïté du terrain d'opération avec un terrain sur lequel se trouve un élément de patrimoine identifié au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, afin de favoriser l'insertion urbaine et architecturale du projet avec son environnement ;

- il méconnaît le a) du 3 de l'article IV du règlement du PLUi relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques, applicable aux constructions nouvelles, dès lors qu'il est implanté en recul de plus de 18 mètres de la voie publique, alors que les parcelles voisines sont implantées à l'alignement ;

- il méconnaît le c) du 3 de l'article IV du règlement du PLUi relatif à l'emprise au sol des constructions et la nature en ville, car, alors qu'il s'agit d'un projet de construction nouvelle, il ne respecte pas la limite d'emprise au sol des constructions de 20% de la superficie du terrain dans la bande secondaire, ni ne respecte la surface de plaine terre traitée en coefficient de biotope dans la bande principale, ni, ne respecte, enfin, la superficie minimale d'espace de pleine terre dans la bande secondaire ;

- le projet est incompatible avec l'OAP sectorielle Croix de Chavaux, visant à préserver la morphologie urbaine et la mixité des fonctions du tissu de faubourg et préserver les cœurs d'îlot, dès lors qu'il ne prévoit aucune mixité fonctionnelle, qu'il modifie, au lieu de la préserver, la morphologie urbaine des lieux jouxtant le projet, et qu'il sera implanté en retrait de 18 mètres par rapport à l'alignement, ce qui ne permet pas de préserver les cœurs d'îlot ;

- le projet est incompatible avec l'OAP Habitat relative à la mixité sociale et la diversification de l'offre de logements, dès lors qu'il ne prévoit aucun logement social.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, la SCI Les Œillets, représentée par Me Carus, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable, car les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2024 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Renault, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- et les observations de Me Maillard, substituant Me Balaguer, représentant les requérants, et de Me Carus, représentant la SCI Les Œillets.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Œillets, propriétaire d'un atelier artisanal situé 26 rue Edouard Vaillant à Montreuil, sur la parcelle cadastrée BL 000 180, a déposé auprès des services de l'urbanisme de la commune une demande de permis de construire, consistant en la réalisation de trois logements locatifs après changement de destination des surfaces de plancher conservées et surélévation en R+1 du versant nord de l'atelier, ainsi qu'en la création d'espaces de pleine terre. Par arrêté du 25 avril 2023, le maire de la commune de Montreuil a fait droit à cette demande. M. C B et Mme D A demandent au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la complétude du dossier de demande de permis de construire :

2. Aux termes de l'article R*431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de demande comporte le document graphique d'insertion exigé par les dispositions précitées du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, matérialisant le projet dans son environnement bâti proche, ainsi que les deux photographies de l'état existant, dans son environnement proche comme dans son environnement plus lointain, exigées par les dispositions du d) du même article. Si le document graphique d'insertion ne représente le projet qu'à partir de la rue Edouard Vaillant, les plans de coupe de toutes les façades du projet permettent de se représenter le volume de la construction dans son environnement, à partir de différents points de vue, y compris à partir de la maison des requérants. Dans ces conditions, ces derniers ne sont pas fondés à soutenir que le dossier de demande méconnaît le c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne l'insertion du projet dans son environnement immédiat :

5. Aux termes des dispositions de l'article III.1 b) du règlement du PLUi d'Est Ensemble fixant les règles générales concernant l'aspect extérieur des constructions : " Par leur volume, leur architecture, les matériaux employés, les couleurs, les constructions doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage urbain dans lequel elles sont situées. /

Tout projet peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions particulières si les constructions ou utilisations du sol concernées, par leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Il est recommandé que les extensions des constructions existantes prennent en compte le gabarit, le rythme des

façades et l'organisation de la ou des construction(s) existantes dans un souci de bonne intégration architecturale et paysagère. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice architecturale et des vues d'insertion, que les hauteurs, les formes et couleurs ainsi que les matériaux de construction des constructions avoisinantes, à l'alignement de la rue Edouard Vaillant, ainsi que des constructions édifiées en cœur d'îlot, ne présentent aucune unité architecturale. Par ailleurs, la circonstance qu'une majorité des constructions présente un toit en double pente, alors que le projet prévoit que la moitié du toit aura la forme d'un toit terrasse végétalisé, ne permet pas de retenir une discordance du projet avec les constructions avoisinantes, alors que différents types de toitures coexistent dans l'environnement proche du projet. Enfin, la circonstance que les maisons en cœur d'îlot, directement voisines du projet, peuvent être regardées comme présentant un intérêt architectural et qu'un atelier classé comme bâtiment remarquable est édifié sur une parcelle située au Sud de la parcelle du projet, ne permet pas de considérer que celui-ci ne s'insère pas dans son environnement immédiat, alors que le bâtiment projeté sera qualitativement supérieur au bâtiment existant et que les constructions devant faire l'objet d'une protection au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, ne présentent entre elles aucune unité architecturale. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Montreuil a entaché l'arrêté litigieux d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne l'insertion de ce projet dans son environnement.

En ce qui concerne la desserte du terrain par les voies publiques :

7. Aux termes de l'article III. 1 f) du règlement du PLUi relatif aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques : " " III. Dispositions communes en toutes zones / 1. Dispositions écrites / f. Conditions de desserte des terrains par les voies publiques / Accès pour les véhicules motorisés : / (). / Sur la commune de Montreuil / Pour les terrains existants à la date d'approbation du présent règlement (04/02/2020) et présentant un accès d'une largeur inférieure à 3 mètres : / () Seules les extensions inférieures à 50 m² de surface de plancher sont autorisées. Toute construction nouvelle est interdite / () ". Le dictionnaire du PLUi d'Est Ensemble définit l'accès comme " un point d'entrée au terrain depuis la voie qui le dessert " et la voie comme " une emprise publique ou privée qui permet de desservir plusieurs propriétés distinctes ".

8. Si les requérants soutiennent que le projet, qui crée des extensions de surface de plancher supérieures à 50 m2, méconnaît ces dispositions dès lors qu'il présente un accès de moins de 3 mètres, ils ne produisent pour l'établir qu'une photographie issue de " Google Maps " d'où ils déduisent, sans précision, que l'accès actuel au terrain supportant le bâtiment objet du permis de construire, mesure au plus 2,94 mètres, la largeur des poteaux encadrant cette entrée ne pouvant être comptabilisée pour en déterminer la mesure. Cette estimation ne contredit pas utilement les indications figurant sur le plan de masse de l'existant joint au dossier de permis de construire, qui mentionne que " l'entrée charretière existante " est de 4,5 mètres. Par suite, le moyen manque en fait.

En ce qui concerne la méconnaissance la méconnaissance de l'article III-2 f) du règlement du PLUi relatif au patrimoine bâti :

9. Aux termes des dispositions de l'article III. 2 f) du règlement du PLUi : " dispositions graphiques " () f. patrimoine bâti / () / Des constructions faisant l'objet d'une protection particulière au vu de leur intérêt patrimonial au titre des dispositions de l'article L. 151-19 du code de l'Urbanisme, ont été repérées sur le document graphique. / Le patrimoine ponctuel se compose de trois niveaux de protection. / Des règles spécifiques s'appliquent aux éléments de patrimoine classés niveaux 1 et 2 : / 3 niveaux de protection : / () Niveau 2 / Patrimoine remarquable / Protection forte / Des extensions ou des démolitions partielles sont autorisées / L'isolation par l'extérieur est interdite / Disposition applicable aux niveaux de protection 1, 2 et 3 / • En cas de contiguïté du terrain d'opération avec un terrain sur lequel un élément de patrimoine de niveau de protection 1, 2 ou 3 identifié au titre de l'article L.151-19 du code de l'urbanisme, ou d'implantation d'une construction sur le même terrain que cet élément de patrimoine, il pourra être imposé une réduction de hauteur de 6 mètres maximum afin de favoriser l'insertion urbaine et architecturale du projet avec son environnement / () ".

10. Il n'est pas contesté que deux bâtiments édifiés sur une parcelle jouxtant, au Sud et à l'Ouest, le terrain d'assiette du projet, ont été classés au sein du patrimoine bâti protégé et bénéficient d'une protection forte de niveau 2 au titre du PLUi. Les requérants soutiennent que l'élévation d'une partie du bâtiment à la hauteur de 7,15 mètres au faîtage, alors que le bâti protégé présente une hauteur d'environ 3,5 mètres, ne permet pas de respecter les dispositions précitées. Toutefois, alors que la limitation de hauteur à 6 mètres n'est qu'une faculté laissée à l'autorité administrative, le projet litigieux, qui ne prévoit une surélévation du bâtiment existant que sur sa moitié Nord, soit à distance des constructions protégées, au sein, comme il a été dit au point 6, d'un ensemble de constructions ne présentant pas d'harmonie architecturale en termes de style comme de hauteur du bâti, ne peut être regardé comme portant atteinte à l'insertion urbaine et architecturale du projet avec son environnement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnait les dispositions de l'article III. 2. f. du règlement du PLUi d'Est Ensemble relatives aux ensembles bâtis urbains et paysagers remarquables.

En ce qui concerne l'implantation de la construction par rapport aux voies et emprises publiques :

11. Aux termes du IV - 3 a) du règlement du PLUi d'Est Ensemble, applicable aux secteurs régis par l'indice 9 : " Il n'est pas fixé de règles. Règles particulières en zones UC et UM : L'implantation des constructions doit prendre en compte l'implantation des constructions voisines pour s'insérer de manière harmonieuse au sein du tissu existant. Ainsi : dans le cas où les constructions sont déjà implantées à l'alignement, toute nouvelle construction devra privilégier une continuité sur rue avec une implantation à l'alignement. () ".

12. Aux termes du point e. du dictionnaire du règlement du PLUi d'Est-Ensemble " Emprise au sol. () Construction existante ; une construction est considérée comme existante si elle a été réalisée en vertu d'autorisations légalement accordées et si la majorité des fondations ou des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de l'ouvrage remplissent leurs fonctions à la date d'approbation du présent règlement (04/02/2020). () Des travaux qui ne maintiennent pas un maximum de ces éléments de structure, des éléments assurant le clos et le couvert, ne peuvent être regardés comme des travaux sur une construction existante conservée. ".

13. Lorsque le règlement d'un plan local d'urbanisme ne précise pas, comme il lui est loisible de le faire, si la notion d'extension d'une construction existante, lorsqu'il s'y réfère, comporte une limitation quant aux dimensions d'une telle extension, celle-ci doit, en principe, s'entendre d'un agrandissement de la construction existante présentant, outre un lien physique et fonctionnel avec elle, des dimensions inférieures à celle-ci.

14. En l'espèce, il ressort notamment des plans et simulations du projet que les travaux envisagées consistent en la dépose de la face Nord de la toiture de l'atelier et de la surélévation de la moitié Nord du bâtiment en R + 1, qui sera surmontée d'une toiture plate végétalisée, avec création d'un plancher intermédiaire logement dans le volume existant, et création de nouveaux poteaux avec fondations à leurs pieds pour assurer la descente des charges de la surélévation, en la diminution de la longueur des façades Nord et Sud de 4,50 mètres, ainsi que de la dalle en béton armé existant au sous-sol afin de permettre la création d'un espace de pleine terre, avec arasement de la hauteur des murs Nord, Ouest et Sud à 2,30 mètres, conservés en tant que clôture de jardin.

15. Les requérants soutiennent que ces travaux, par leur ampleur, ne peuvent être regardés comme réalisés sur une construction existante, dès lors que le volume créé est presque multiplié par deux (604 m3 de volume à créer contre 633 m3 de volume existant conservé), qu'ils prévoient la suppression d'un volume de la construction existante par création d'un jardin en fond de parcelle, la suppression de la moitié de la toiture et la réfection de l'autre moitié et impliquent la démolition des annexes de stockage, la réalisation de jardins, de terrasses, d'un local à vélo et d'un local à ordures ménagères ainsi que de deux places de stationnement.

16. Toutefois, d'une part, si les transformations prévues sont d'une ampleur certaine, et modifient considérablement la physionomie du bâtiment, le projet n'a ni pour objet ni pour effet de supprimer les murs porteurs, mais seulement d'en réduire les dimensions, en longueur ou en hauteur, pas plus que de supprimer les fondations et les autres éléments de structures du bâtiment, mais seulement de les renforcer, le cas échéant en assurant en partie leur remplacement, et maintient structure de toit de la moitié Sud du bâtiment, sans qu'il soit établi que le percement d'ouvertures dans cette moitié de toit en nécessite la dépose complète. D'autre part, la démolition d'une partie des annexes n'a pas pour effet de porter atteinte aux structures de la construction existante, pas davantage que la réalisation de jardins, d'un toit terrasse, et la transformation d'une annexe en local à vélo et local à ordures ménagères, et la création de deux places de stationnement. Enfin, il n'est pas sérieusement contesté que le volume de l'extension en R+1 prévue par le projet est inférieur au volume au volume conservé. Dans ces conditions, les travaux en cause ne révèlent pas l'édification d'une construction nouvelle au sens des dispositions du règlement du PLUi d'Est-Ensemble.

17. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, dès lors que les travaux ne prévoient pas de construction nouvelle, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article IV - 3 a) du règlement du PLUi d'Est Ensemble est inopérant.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du PLUi relatives à l'emprise au sol et à la nature en ville :

18. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 16, le permis de construire ne concerne pas une construction nouvelle, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions applicables aux secteurs régis par l'indice J de l'article IV. 3. c du règlement du PLUi d'Est ensemble, dans la mesure où, alors qu'il s'agit d'un projet de construction nouvelle, le projet ne respecte pas la limite d'emprise au sol des constructions de 20% de la superficie du terrain dans la bande secondaire, ni ne respecte la surface de plaine terre traitée en coefficient de biotope dans la bande principale, ni, ne respecte, enfin, la superficie minimale d'espace de pleine terre dans la bande secondaire, est inopérant.

En ce qui concerne la compatibilité du projet avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) :

19. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions que les travaux ou opérations d'urbanisme doivent être compatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation, étant précisé que la compatibilité d'une autorisation d'urbanisme avec une orientation d'aménagement et de programmation donnée doit s'apprécier au regard des caractéristiques concrètes du projet et du degré de précision de l'orientation en cause. Ainsi, une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation et, en particulier, en contrarient les objectifs.

S'agissant de l'OAP Thématique " Habitat " :

20. Il résulte des objectifs de l'OAP " Habitat " que dans le secteur, qui couvre la quasi-totalité de la commune de Montreuil, dans lequel doit être réalisé le projet, la mixité sociale et l'équilibre de l'offre doivent être favorisés, par la réalisation de logements abordables ou la réalisation de logements sociaux sur les communes limitrophes de Paris, dont Montreuil.

21. Si les requérants soutiennent que le projet litigieux n'est pas compatible avec cet objectif, dès lors qu'il ne prévoit la création d'aucun logement social, d'une part, il est constant qu'il ne diminue pas la part de logements sociaux dans le secteur, et, d'autre part, compte tenu de sa dimension modeste, il n'est pas susceptible de déséquilibrer l'offre de logements sociaux dans le secteur. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la réalisation du projet est incompatible avec l'OAP Thématique " Habitat ".

S'agissant de l'OAP sectorielle " Croix de Chavaux " :

22. Les requérants soutiennent que la réalisation du projet est incompatible avec deux des objectifs de l'OAP sectorielle " Croix de Chavaux ", qui visent à préserver la morphologie urbaine et la mixité des fonctions du tissu de faubourg et à préserver les cœurs d'îlot. Toutefois, d'une part, dès lors qu'il porte sur une construction existante, le projet ne peut être regardé comme portant atteinte à la morphologie urbaine et à la préservation des cœurs d'îlot, alors qu'au demeurant, il ajoute un espace de pleine terre en fond de parcelle. D'autre part, compte tenu du caractère modeste du projet, il ne saurait être regardé comme incompatible avec l'objectif de préservation de la mixité des fonctions du tissu de faubourg dans lequel il s'inscrit.

23. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. C B et Mme D A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré un permis n° PC 093 048 22 B0206 à la SCI Les Œillets, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montreuil et de la SCI Les Œillets la somme que demandent les requérants, partie perdante à l'instance, en application de ces dispositions. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de ces derniers la somme de 1 200 euros, à verser à la SCI Les Œillets en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B et Mme D A est rejetée.

Article 2 : M. C B et Mme D A verseront la somme de 1 200 euros à la SCI Les Œillets en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme D A, à la SCI Les Œillets et à la commune de Montreuil.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- Mme Renault, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteure,

Th. RenaultLa présidente,

A-L. Delamarre

La greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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