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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312902

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312902

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantGARCIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance n°2308500 du 27 octobre 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la requête

de M. D.

Par une requête enregistrée initialement le 16 octobre 2023 au tribunal administratif de Versailles et le 27 octobre 2023 au tribunal administratif de céans sous le n° 2312902, M. E D doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au même préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été prises en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne qu'est le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en ce que l'autorité administrative n'a pas examiné la possibilité de le réadmettre en Italie, pays où il est légalement admissible ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas examiné la possibilité de faire application des articles L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas respecté les dispositions de l'article L.611-3 du même code ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L.621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus du délai de départ volontaire ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 29 novembre 2023 et le 1er décembre 2023 au tribunal administratif de céans sous le n° 2314240, M. D, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative.

3°) d'enjoindre audit préfet de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises en méconnaissance des droits de la défense, et notamment du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et du caractère contradictoire de la procédure, en ce qu'il n'a pas été informé de son droit de bénéficier d'un avocat et placé en mesure de bénéficier d'un conseil juridique.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la décision attaquée est dépourvue de la signature de son auteur, en méconnaissance des prescriptions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a pris la décision portant obligation de quitter le territoire français alors même qu'il avait déjà pris à son encontre une autre décision portant obligation de quitter le territoire, sans attendre l'issue du recours formé contre cette décision.

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation individuelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, en ce que la décision attaquée n'a pas fait respecter ses droits de citoyen de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit d'observations en défense avant l'audience.

III. Par une requête, enregistrée le 23 février 2024 sous le n° 2402555, M. D, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a renouvelé son assignation à résidence dans le département de la Seine-Saint-Denis pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 25 février 2024, soit jusqu'au 10 avril 2024, en vue de l'exécution d'office de la décision du 24 novembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé pour prendre la décision en litige n'est pas signée ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 732-1, L. 744-1 et L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'article R. 733-1 du même code ;

- il porte une atteinte disproportionnée, grave et illégale à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Népost, greffier d'audience, le rapport de M. C, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Une note en délibéré, enregistrée le 15 mars 2024, a été produite par le préfet de la Seine-Saint-Denis dans chacun des deux dossiers n° 2312902 et 2312940 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, de nationalité colombienne, est né le 10 novembre 1995 à Cali (Colombie) et est entré dans des conditions indéterminées sur le territoire français le 16 septembre 2017. Par un arrêté du 14 octobre 2023, dont le requérant demande l'annulation sous le numéro 2312902, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Puis, par un arrêté du 24 novembre 2023, dont le requérant demande l'annulation sous le numéro 2314240, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Enfin, par un arrêté du 21 février 2024, dont le requérant demande l'annulation sous le numéro 2402555, le préfet a renouvelé pour quarante-cinq jours supplémentaires à compter du 25 février 2024 l'arrêté d'assignation à résidence du 24 novembre 2023 contraignant M. D à résider dans le département de la Seine-Saint-Denis pour une durée de quarante-cinq jours, en vue de l'exécution de cette dernière mesure d'éloignement.

2. Les affaires susvisées concernent le même requérant et présentent à juger des questions connexes. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

I- Sur la requête n° 2312902 :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 27 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme A B, cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté

4. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français mentionne les dispositions applicables dont notamment les articles L. 611-1, L. 612-3, L. 721-3, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les décisions contestées mentionnent les considérations de droit et de fait et sont ainsi suffisamment motivées. Par suite, les décisions attaquées satisfont aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'elles ne comprendraient pas tous les éléments de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Et aux termes du paragraphe 2 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".

6. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises la mesure d'éloignement et les mesures accessoires et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de la charte susvisée ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, M. D soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors que l'autorité administrative aurait dû étudier la possibilité de faire application des dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 du code des entrées et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En effet, le requérant soutient qu'il aurait pu faire l'objet d'une procédure de réadmission vers l'Italie puisqu'il allègue être titulaire d'un titre de séjour italien valable jusqu'en juin 2024. Toutefois, il n'apporte pas dans la requête n° 2312902 de pièce au soutien de cette allégation pour permettre d'en juger le bien-fondé, alors en tout état de cause que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.

8. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'il n'est pas établi que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : [] 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; "

10. Si M. D soutient qu'il est le père d'une fille française née le 10 mai 2021 dont il contribue à l'éducation et à l'entretien, et qu'il est également le père d'une fille italienne, il n'apporte toutefois dans la requête n° 2312902 aucune pièce au soutien de cette allégation. Par suite, le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure, qui dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le requérant n'a pas produit dans la requête n° 2312902 de pièce à l'appui de ses allégations en ce qui concerne sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent être qu'écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions formées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

14. En second lieu, il résulte de ce qui a été au point 7 qu'il n'est pas établi que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions formées contre la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire doit être écarté.

16. En second lieu, si M. D allègue vivre au domicile de sa concubine, et donc bénéficier de garanties de représentation suffisantes au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucune pièce à l'appui de cette allégation pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions formées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le requérant n'a pas produit de pièce à l'appui de ses allégations en ce qui concerne sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être qu'écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D au titre de la requête n° 2312902 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

II- Sur la requête n° 2314240 :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

20. Aux termes du premier alinéa de l'article L 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".

21. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu instituer, à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une voie de recours spéciale ayant un effet suspensif contre les mesures relatives à l'éloignement des étrangers.

22. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris la décision du 24 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, alors qu'il avait déjà pris à l'encontre du requérant une autre décision en date du 14 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire, sans attendre l'issue du recours formé le 16 octobre 2023 par M. D contre la première décision. Ainsi, M. D est fondé à soutenir que la décision du 24 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit.

23. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2314240, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

25. Dès lors que le présent jugement rejette, au titre de la requête n° 2312902, les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, l'annulation par le même jugement, au titre de la requête n° 2314240, de l'arrêté du 24 novembre 2023 de même objet est sans effet sur le caractère exécutoire de l'arrêté du 14 octobre 2023. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu, dans les circonstances propres à l'espèce, de faire application, au titre de la requête n° 2314240, des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. []. "

27. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat, au titre de la requête n° 2314240, la somme de 1 100 euros au profit de M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

III- Sur la requête n° 2402555 :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

28. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la décision du 21 février 2024 portant renouvellement d'assignation à résidence, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la décision portant obligation de quitter le territoire français du 24 novembre 2023. Or, il résulte de ce qui précède que ladite décision est entachée d'une erreur de droit et doit par suite être annulée.

29. Ainsi, il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2402555, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a renouvelé son assignation à résidence dans le département de la Seine-Saint-Denis pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 25 février 2024.

Sur les frais liés au litige :

30. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. []. "

31. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat, au titre de la requête n° 2402555, la somme sollicitée par M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 24 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'arrêté du même préfet du 21 février 2024 portant renouvellement d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 25 février 2024 sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 100 euros au titre de la requête n° 2414240 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La requête n° 2312902 et le surplus des conclusions des requêtes n° 2314240 et 2402555 sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J-C. TRUILHE

Le greffier

Signé

T. NEPOST

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoi à l'exécution de la présente décision.

Nos 2312902, 2314240, 2402555

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