jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2312925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | AMZALLAG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 31 octobre 2023, 25 juin 2024 et 29 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Amzallag, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de délivrer au requérant une carte de séjour pluriannuelle, et ce dans les 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, ou à titre subsidiaire, une carte de séjour temporaire, ou à titre infiniment subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation administrative, et ce dans les 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Amzallag, son avocate, au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'un vice de procédure en ce que le fichier relatif aux antécédents judiciaires n'a pas été consulté dans le respect des règles en régissant son accès ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits s'agissant de la menace à l'ordre public ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- méconnaît l'article L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observation en défense.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés n° 2415604 en date du 21 novembre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Par une décision du 12 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dumas ;
- les observations de Me Amzallag, représentant M. A, présent.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1992, a été bénéficiaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, valable du 10 octobre 2021 au 9 octobre 2022, dont il a sollicité le renouvellement le 29 septembre 2022. Il a été titulaire depuis cette date de récépissés de renouvellement de titre de séjour, régulièrement renouvelés. Par un arrêté en date du 12 octobre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. Pour refuser de délivrer à M. A le renouvellement du titre de séjour sollicité, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public dès lors que l'intéressé, d'une part, a été condamné par jugement du tribunal judiciaire de Bobigny du 5 novembre 2021 à 200 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis et délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre. D'autre part, il est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour conduite d'un véhicule sans permis les 5 décembre 2021, 23 avril 2020 et 3 avril 2020, pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance les 10 avril 2021, 23 avril 2020 et 1er septembre 2019 et pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil par solidarité le 25 septembre 2019.
4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A vit en couple avec une ressortissante française et que deux enfants français sont nés de leur union le 1er octobre 2020 à Arpajon et le 21 avril 2023 à Montreuil. Il a été bénéficiaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, valable du 10 octobre 2021 au 9 octobre 2022, dont il a sollicité le renouvellement le 29 septembre 2022. Aux termes de sa requête, l'intéressé reconnaît l'ensemble des faits qui lui sont reprochés et exprime ses regrets, particulièrement s'agissant du fait d'avoir été violent envers sa partenaire. En outre, il ressort d'une attestation de sa compagne française qu'il lui vire de l'argent régulièrement, qu'il est un bon père pour ses enfants, que leur fils D est né avec plusieurs malformations et a été opéré plusieurs fois d'une communication interventriculaire (CIV) du cœur, qu'il a été présent à ses côtés et l'a relayée auprès de leur enfant à l'hôpital, ce qui lui aurait évité de tomber en dépression. Elle ajoute que son fils doit subir d'autres opérations et qu'elle souhaiterait qu'il soit présent, à ses côtés, pour y faire face. A cet égard, il résulte des comptes rendus médicaux et du compte rendu opératoire du service de chirurgie cardiaque de l'hôpital Necker du 20 novembre 2023, qui révèlent les malformations notamment cardiaques dont était affecté dès la naissance leur second enfant né le 21 avril 2023 à Montreuil, que celui-ci est suivi au sein des hôpitaux Robert Debré et Necker pour un syndrome polymalformatif avec suspicion de syndrome de charge (sténose des orifices piriformes, cardiopathie), situs inversus, fusion des reins en fer à cheval, moelle attachée basse et lipome du filum, trouble de l'oralité avec nutrition par sonde gastrique et absence de testicule gauche. Ces affections ont nécessité une sternotomie médiane, une thymectomie, et une ouverture verticale du péricarde, alors au demeurant qu'une demande auprès de la maison départementale des personnes handicapées a été déposée pour cet enfant le 28 novembre 2023. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui travaillait en qualité d'ouvrier agro-alimentaire jusqu'au refus de renouvellement de son titre de séjour, transfert régulièrement de l'argent à sa compagne, a participé à des formations civiques, dispose désormais d'un permis de conduire français et d'une police d'assurance pour son véhicule automobile. Enfin, d'une part, son dernier titre de séjour valable du 10 octobre 2021 au 9 octobre 2022 lui a été délivré postérieurement aux faits de violence conjugale mentionnés au fichier de traitement des antécédents judiciaires, faits dont il reconnaît la matérialité avec regret et qui n'ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire. D'autre part, il n'a été condamné qu'une seule fois, à une amende de 200 euros pour une infraction routière. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que la décision de refus de renouvellement de son titre séjour méconnaît les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 12 octobre 2023 doit être annulé en toutes ses décisions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changement de circonstance de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " soit délivré au requérant. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros, à verser à Me Amzallag, avocat de M. A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 20 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A, en l'absence de changement de circonstance de droit ou de fait y faisant obstacle, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Amzallag, avocate de M. A, une somme de 1 100 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Israël, président,
M. Dumas, premier conseiller,
Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.
Le rapporteur,
M. Dumas
Le président,
M. Israël
La greffière,
Mme C
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026