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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312950

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312950

vendredi 5 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantMECHRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023, M. A... C..., représenté par Me Mechri, demande au président du Tribunal d’annuler l’arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités belges.

Il soutient qu’il souhaite rester en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des États membres et Europol à des fins répressives, et modifiant le règlement (UE) n° 1077/2011 portant création d'une agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle au sein de l'espace de liberté, de sécurité et de justice,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride,
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Lunshof pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 572-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lunshof,
- les observations de Me Mechri, représentant M. C..., assisté de M. B..., interprète en langue arabe, l’avocat reprenant les moyens et conclusions développés dans ses écritures et ajoutant qu’il demande de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et soutenant qu’il n’a pas bénéficié des informations requises en méconnaissance de l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 et qu’il n’a pu identifier l’agent de la préfecture en méconnaissance de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

M. C... est un ressortissant égyptien qui s’est présenté au préfet de la Seine-Saint-Denis le 11 septembre 2023 afin de demander l’asile. Par arrêté du 26 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a toutefois décidé son transfert aux autorités belges. M. C... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que « dans les cas d'urgence (…), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente (…) ». Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. C... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

En premier lieu, M. C... ne peut utilement se prévaloir de ce que l’arrêté de transfert ne lui aurait pas été notifié dans les conditions prévues à l’article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la notification de l’acte n’ayant d’incidence que sur le déclenchement des délais de recours et son opposabilité, et non sur sa légalité.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Dès qu’une demande de protection internationale est introduite au sens de l’article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l’application du présent règlement (…) / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu’il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 (…) ».

Il ressort des pièces du dossier, notamment de la production par le préfet de la première page de chacune de ses deux parties signées par le requérant, que la brochure mentionnée par ces dispositions a été remise à M. C... le 11 septembre 2023, dans sa version en arabe, langue que le requérant comprend. Si le requérant fait valoir qu’il n’a pu comprendre la brochure, il ressort des pièces du dossier qu’il a signé les documents qui lui ont été remis sans faire part de ce qu’il ne pourrait les comprendre, et qu’il a bénéficié le même jour de l’entretien mentionné à l’article 5 du règlement (UE) et de nature à vérifier qu’il avait compris correctement les informations contenues dans la brochure, en arabe, langue qu’il comprend. Le moyen tiré de ce que les dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) du 26 juin 2013 n’ont pas été respectées doit donc être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l’État membre responsable, l’État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. (…) 4. L’entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu’il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d’assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l’entretien individuel. / 5 L’entretien individuel (…) est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L’État membre qui mène l’entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l’entretien (…) ». Ni ces dispositions, ni aucun principe n’imposent, contrairement à ce que soutient M. C..., que figure sur le compte rendu de l’entretien individuel la mention de l’identité de l’agent qui a mené l’entretien.

Il ressort des pièces du dossier qu’un entretien a été mené le 11 septembre 2023 avec M. C..., par un agent de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, et duquel le résumé comporte la mention non contestée de sa conduite par un agent qualifié. Le moyen tiré de ce que les dispositions de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n’ont pas été respectées doit donc être écarté.

Si le requérant soutient vouloir rester en France cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais d’instance.




D É C I D E :


Article 1er : M. C... est provisoirement admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à Me Mechri et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2024.


La magistrate désignée,
M. Lunshof
La greffière,
N. Kassime




La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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