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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2312962

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2312962

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2312962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantBILICI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er novembre 2023 et le 26 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bilici, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination duquel il pourra être éloigné et lui interdit de retourner sur le territoire français pendant douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un titre de séjour temporaire dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) d'enjoindre au préfet de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Bilici, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 431-2 et D.431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de renvoi sont insuffisamment motivées, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ains que l'articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- la décision interdisant le retour sur le territoire français durant un an est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, est insuffisamment motivée, résulte d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant, méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, dans son principe comme dans sa durée, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray ;

- les observations de Me Bilici, reprenant l'ensemble de ses moyens et faisant valoir qu'ils sont tous recevables dans la mesure où il n'avait pas d'avocat lors de l'introduction de sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sri-lankais, né le 4 juin 1991, a déposé une demande d'asile le 28 octobre 2022. Par une décision du 31 août 2023, devenue définitive, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté sa demande. Par un arrêté du 18 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. "

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les moyens de légalité communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article D. 431-7 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

5. Il résulte de ces dispositions que la circonstance que l'administration aurait manqué à son obligation d'inviter M. B à présenter une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté, dès lors que la méconnaissance de cette obligation n'a d'autre effet que de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, non régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susmentionnées ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, M. B ne précise pas en quoi il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration des informations avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de l'intéressé à être entendu en application de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens de légalité propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français et à celle fixant le pays de renvoi :

7. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, ces décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

8. En deuxième lieu, les circonstances que M. B aurait obtenu une promesse d'embauche, postérieurement à la date de la décision attaquée, et qu'il a deux tantes en France titulaires de titres de séjour, dont l'une chez qui il vivrait, ne permettent pas d'établir des liens personnels et familiaux suffisamment stables en France, où il est arrivé le 21 septembre 2022 après avoir quitté son pays à l'âge de 31 ans, pour considérer que l'obligation de quitter le territoire français méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la CNDA du 31 août 2023, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la réalité des menaces et persécutions auxquelles il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les moyens de légalité propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet a indiqué les motifs de fait et de droit qui fondent plus particulièrement la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et il ne ressort d'aucun élément du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de la prononcer.

12. En dernier lieu, comme il a relevé au point 8, M. B ne peut justifier de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses en France. Dès lors, le préfet pouvait, en application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pour une durée d'un an.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B ne sont pas fondées et doivent être rejetées, de même que, par conséquent, celles à fin d'injonction et la demande de son avocate tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bilici et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayD. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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