mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2312995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | CHARTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er novembre 2023 et le 15 janvier 2024, M. C D, représenté par Me Maillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français sans lui octroyer de délai de départ volontaire, fixe le pays de destination duquel il pourra être éloigné et lui interdit de retourner sur le territoire français pendant douze mois ;
3°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier système d'information Schengen (SIS) ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence, de vices de procédure résultant de l'absence d'avis médical des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de la méconnaissance de son droit d'être entendu et du principe du contradictoire résultant du principe du respect des droits de la défense garantis par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen complet de sa situation, d'erreurs de droit car le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée et méconnu l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'il n'est pas avéré qu'il représenterait effectivement une menace à l'ordre public, enfin, d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, entachée d'incompétence, d'une violation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'erreurs manifestes d'appréciation de sa situation, du risque de fuite, de la menace à l'ordre public et de la supposée absence de garanties de représentation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, entachée d'incompétence, d'insuffisance de motivation, d'une violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, enfin, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'elle est infondée en tous ses moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baffray,
- les observations de Me Maillard pour le requérant, et de ce dernier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 20 mai 1974, déclare être entré sur le territoire français en 2019. Par un arrêté du 30 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne les moyens de légalité communs à l'ensemble ou à certaines des décisions contestées :
3. En premier lieu, le préfet a justifié de la délégation qu'il accordée à M. A B, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, pour signer les décisions querellées, par un arrêté n° 2023-2213 du 23 août 2023 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de cette préfecture.
4. En deuxième lieu, il ressort également des pièces du dossier que M. D a été entendu par les services de police, assisté par une avocate, et s'est exprimé sur les raisons qui, selon lui, pourraient s'opposer à ce qu'il soit obligé de quitter la France, avant l'édiction des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction d'y retourner. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance des principes du droit de l'Union européenne qu'est le droit d'être entendu avant que ne soit prise des décisions défavorables le concernant et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas fondés.
5. En troisième lieu, l'arrêté critiqué comporte les éléments de fait et de droit précis et circonstanciés qui fondent chacune des décisions qu'il prononce, y compris celle portant interdiction de quitter le territoire français durant un an au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et révélant un examen particulier de la situation de M. D.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et des écritures de M. D qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, y a un frère en situation de séjour régulier avec ses trois neveux, est hébergé au domicile d'une personne qu'il dit être son cousin, occupe irrégulièrement un emploi à temps plein d'employé à l'hôtel Kyriad de Chantilly Sud depuis le 13 avril 2023 pour lequel il rémunéré à hauteur de 1 500 euros par mois, bénéficie de l'aide médicale d'Etat et d'une carte de mobilité inclusion mention " priorité " en raison d'un taux d'incapacité entre 50 et 80 %. Les pièces qu'il produit ne permettent pas de justifier d'une présence habituelle en France avant, au mieux, l'année 2021 et alors d'admettre qu'il résiderait en France depuis son entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa Schengen en provenance de Barcelone le 13 octobre 2019, ni qu'il serait atteint d'une affection au genou droit nécessitant des soins, telle qu'une infiltration sous échographie programmée le 12 février 2024, dont le défaut pourraient avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il a par ailleurs précisé à l'audience que les faits de harcèlement et de menaces de mort réitérées pour lesquels il a été signalé par les services de police et considéré par le préfet comme caractérisant une menace à l'ordre public, concernent ses rapports avec, respectivement, une personne refusant de lui rembourser une somme d'argent qu'il lui aurait prêtée et autre refusant de lui payer des travaux qu'il aurait réalisé chez elle. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et alors que M. D ne prouve pas être démuni d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 45 ans, il n'apparait pas que l'obligation de quitter le territoire français sans octroi d'un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français durant douze mois porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue desquels elles ont été prononcées, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ni qu'elles procèderaient d'erreurs manifestes d'appréciation de sa situation, y compris de la menace à l'ordre public que caractérisent les faits pour lesquels il a été signalé et qu'il ne dément pas sérieusement.
En ce qui concerne les moyens de légalité propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas opérant à l'encontre d'une telle décision.
8. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, notamment pas des termes de l'arrêté contesté ou des écritures en défense du préfet, que ce dernier se serait cru à tort en situation de compétence liée pour prononcer l'obligation de M. D de quitter le territoire français.
9. En troisième lieu, même si M. D a indiqué, lors de son audition préalable à l'édiction des mesures critiquées, souffrir d'une affection au genou droit, il n'a, comme il a été dit plus haut, produit aucune pièce ni même fourni, lors de cette audition, de précisions permettant raisonnablement de penser que son état de santé puisse nécessiter des soins dont le défaut pourraient avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et qui aurait justifié de recueillir l'avis médical prévu aux articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne les moyens de légalité propres à la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
10. M. D ne démontrant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette mesure à l'encontre du refus de lui octroyer un délai de départ volontaire n'est pas fondé.
11. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, dont il ressort notamment que le comportement de M. D ne peut manifestement être regardé comme ne constituant pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'est pas avéré qu'il est entré régulièrement sur le territoire français depuis qu'il y réside habituellement, de manière irrégulière et sans avoir jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il ne peut justifier, par une simple attestation d'hébergement d'un prétendu cousin, de garanties de représentation suffisantes à défaut de posséder une résidence effective et permanente dans un local affecter à son habitation principale, les moyens tiré de ce que le refus de délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions des article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi d'office :
12. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen de M. D tiré de l'exception d'illégalité de cette mesure à l'encontre de la décision fixant le pays vers lequel il pourra être renvoyé à défaut d'un départ volontaire n'est pas fondé.
En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français durant douze mois :
13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen de M. D tiré de l'exception d'illégalité de cette mesure à l'encontre de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français durant un an ne peut qu'être écarté.
14. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 6 et 11, M. D n'est pas fondé à soutenir que cette interdiction aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D ne sont pas fondées et doivent être rejetées, ainsi que, par conséquent, celles aux fins d'injonction et celles de son avocat tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Maillard et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le magistrat désigné,La greffière,
J.-F. BaffrayD. Coulibaly
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026