Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 30 novembre 2023, Mme B... C..., représentée par Me Mechri, demande au président du Tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsable de l’examen de sa demande d’asile ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une attestation de demande d’asile et un formulaire lui permettant d'introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil ou à la requérante, au titre de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable, les voies et délais de recours ne peuvent être opposables dès lors que l’interprète n’est pas identifié et que la décision n’est pas signée ;
- l’arrêté est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’un vice de procédure en ce qu’il est intervenu en méconnaissance de l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;
- il est entaché d’un vice de procédure en ce qu’il est intervenu en méconnaissance de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux et d’un défaut de motivation ;
- il appartient à la préfecture de produire l’accusé de réception de saisine des autorités autrichiennes émis par le point d’accès autrichien ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
la requête est irrecevable dès lors que le délai de recours contentieux expirait le 2 novembre 2023 ;
les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des États membres et Europol à des fins répressives, et modifiant le règlement (UE) n° 1077/2011 portant création d'une agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle au sein de l'espace de liberté, de sécurité et de justice,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride,
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Lunshof pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 572-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lunshof,
- et les observations de Me Mechri, représentant Mme C..., assistée de M. A..., interprète en tamoul, l’avocat reprenant les moyens et conclusions développés dans ses écritures.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.Mme C... est une ressortissante srilankaise qui s’est présentée au préfet de la Seine-Saint-Denis le 15 juin 2023 afin de demander l’asile. Par arrêté du 19 octobre 2023 le préfet de la Seine-Saint-Denis a toutefois décidé son transfert aux autorités autrichiennes. Mme C... demande l’annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l’article L. 742-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « (…) l’étranger dont l’examen de la demande d’asile relève de la responsabilité d’un autre État peut faire l’objet d’un transfert vers l’État responsable de cet examen. (…) ». Aux termes de l’article L. 742-4 du même code : « I. L’étranger qui a fait l’objet d’une décision de transfert mentionnée à l’article L. 742-3 peut, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de cette décision, en demander l’annulation au président du tribunal administratif. (…) ». L’article R. 777-3-1 du code de justice administrative dispose que : « I. – Conformément aux dispositions du I de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une décision de transfert fait courir un délai de quinze jours pour contester cette décision. (…) ». Et aux termes de l’article R. 777-3-2 de ce code : « Les délais de recours contentieux mentionnés à l'article R. 777-3-1 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. (…) ».
3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger, informé par la notification de la décision de transfert de la possibilité de la contester dans un délai de quinze jours devant le tribunal administratif, peut, dès la saisine de ce tribunal par une requête susceptible d'être motivée même après l'expiration du délai de recours, demander à son président le concours d'un interprète et que lui soit désigné d'office un avocat. Ce délai de recours n'est susceptible d'aucune prorogation.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C... s’est vue, assistée d’un interprète en langue tamoul, notifier le 19 octobre 2023 l’arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de sa demande d’asile, qui comportait l’indication des voies et délais de recours ouverts contre lui. Dans ces conditions, sa requête, adressée le 6 novembre 2023 au tribunal, au-delà du délai de quinze jours mentionné par les dispositions précitées du I de l’article R. 777-3-1 du code de justice administrative, est tardive. Il n’y a, dans ces conditions, pas lieu d’admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C..., à Me Mechri et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2024.
La magistrate désignée,
M. Lunshof
La greffière,
N. Kassime
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.