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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2313163

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2313163

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2313163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLARBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 novembre 2023, 9 janvier 2024 et 11 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Larbi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté en litige n'est pas établie ;

- cet arrêté comporte une motivation stéréotypée ;

- son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- la preuve n'est pas apportée de ce que la décision lui refusant l'asile lui a été notifiée comme l'exige l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté en litige méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnait également l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tahiri,

- et les observations de Me Larbi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 24 février 1987, a sollicité le 9 novembre 2021 son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 9 juin 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dont la décision a été confirmée le 17 octobre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a présenté une demande de réexamen qui a été rejetée le 21 juillet 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dont la décision a été confirmée le 11 octobre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a déposé une seconde demande de réexamen le 27 octobre 2023. Par un arrêté du même jour, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A, représenté par un avocat, n'établit pas avoir formé une demande d'aide juridictionnelle. Ses conclusions tendant à se voir reconnaître le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire doivent dès lors être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, cheffe du bureau de l'asile, pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige qu'il est fondé sur les rejets successifs de demande d'asile du requérant et de sa demande de réexamen auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmés par la Cour nationale du droit d'asile, lesquels sont précisément énumérés, sur l'absence de situation personnelle et familiale stable en France de l'intéressé, et sur l'absence de risque établi en cas de retour de l'intéressé dans son pays d'origine. Cet arrêté, qui vise les textes dont il est fait application, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

6. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. L'arrêté en litige, pris après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article

L. 743-2, découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé préalablement à même de présenter ses observations de façon spécifique, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, la circonstance que M. A n'ait pas été spécifiquement invité à formuler des observations avant l'édiction de l'arrêté en litige ne l'entache pas d'irrégularité. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle, susceptibles d'influer sur le sens de la décision qu'il conteste, qu'il aurait été empêché de soumettre en temps utile à l'administration.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français "

9. Il ressort des écritures même de M. A qu'il s'est vu refuser définitivement le bénéfice de l'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile qui lui a été notifiée le 11 octobre 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. A, qui n'établit pas résider en France avant novembre 2021, est célibataire et sans enfant et n'allègue pas avoir des attaches en France. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent par suite être écartés.

12. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. M. A soutient qu'il serait en danger en cas de retour en Turquie en raison de ses origines kurdes et de son implication dans la cause kurde et la démocratie en Turquie. Toutefois, les copies de traduction de décisions des juridictions turques produites par l'intéressé, dont la demande d'asile a, au demeurant, été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile à deux reprises, ne permettent pas d'établir la réalité et l'actualité des risques qu'il invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles fondées sur les dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Tahiri et Mme E, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La rapporteure,

S. Tahiri

Le président,

J. Charret

La greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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