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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2313195

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2313195

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2313195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 novembre 2023 et 9 février 2024, M. B A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte de 150 euros, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est entaché d'illégalité en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'incompétence ;

- est entaché d'illégalité en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Namigohar, pour M. A qui reprend les conclusions et moyens de ses écritures.

Le préfet de police, régulièrement convoqué, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des débats en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 5 avril 2002 à Sfax (Tunisie), fait valoir être entré en France en juillet 2022 et y résider depuis lors. Par un arrêté du 4 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

2. Par une décision en date du 9 janvier 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

3. Par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2023-511, le préfet de police a donné délégation à Mme D, adjointe au chef de division des reconduites à la frontière, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les décisions contenues dans cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. Les décisions attaquées mentionnent avec suffisamment de précision les considérations de droit et de fait sur le fondement desquelles elles ont été prises et sont, ainsi, suffisamment motivées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions critiquées seraient entaché d'erreur de droit doit être écarté.

6. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Le paragraphe 2 de ce même article poursuit en indiquant : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que si ces stipulations ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne et que le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7.Si M. A soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il se borne à indiquer qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant qu'une obligation de quitter le territoire français ne soit prise à son encontre. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu le 4 novembre 2023 avant l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. Or, invité, à la fin de cet entretien à indiquer s'il souhaitait apporter des précisions sur sa situation, le requérant a répondu par la négative. Dans ces conditions si, dans la présente instance, il soutient, sans aucunement en justifier d'ailleurs, d'une part, souffrir de la " maladie de Bechet ", d'autre part, disposer d'attaches familiales, dont il ne précise pas la nature, sur le sol français, alors qu'il a déclaré devant l'autorité administrative être célibataire sans enfant en France, ces éléments ne constituent pas d'informations pertinente qu'il n'aurait pu présenter et qui auraient pu influer sur le contenu de la décision d'éloignement attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement attaquée aurait été prise en méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

9. M. A, faute de produire aucune pièce le concernant n'établit pas résider habituellement en France. En tout état de cause, alors qu'il soutient, sans d'ailleurs en justifier, être entré en France en juillet 2022, à supposer même qu'il réside en France depuis cette date, sa durée de séjour serait limitée à une durée d'un an et quatre mois à la date de l'arrêté litigieux, que depuis un an et quatre mois. Comme il a été dit au point 7, M. A a lui-même déclaré lors de son audition être célibataire, sans charge de famille en France. Il ne démontre pas avoir noué de liens particuliers en France ni ne justifie d'une quelconque intégration par le travail. M. A ne conteste pas les écritures de défense du préfet de police selon lesquelles il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. S'il indique, comme il a été dit être atteint de la maladie de Bechet et avoir effectué une demande de titre de séjour en raison de son état de santé, il ne produit aucun document attestant de ses problèmes de santé, ni de sa démarche de demande de titre de séjour. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Il en va de même, en tout état de cause, alors que ces dispositions régissent la délivrance d'une carte de séjour temporaire, du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

11. Il est constant que par l'arrêté attaqué le préfet de police a accordé à M. A un délai de départ volontaire de trente jours. Par suite, le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation d'une prétendue décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ledit article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Le requérant qui se borne à soutenir qu'il craint pour son intégrité physique en cas de retour en Tunisie n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel M. A sera éloigné doivent être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

Le magistrat désigné,

L. C La greffière,

D. Bakouma

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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