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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2313845

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2313845

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2313845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantLARBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2305934 du 21 novembre 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rennes a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. B.

Par une requête enregistrée initialement le 3 novembre 2023 au tribunal administratif de Rennes et un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 20 décembre 2023 et 6 mars 2024 au tribunal administratif de céans, M. A B, représenté par Me Larbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation personnelle, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue, en présence de M. Nepost, greffier d'audience :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Larbi, représentant M. B, qui a repris ses écritures ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien, déclarant être né le 15 septembre 1990 et être entré en France le 27 juillet 2018, sous-couvert d'un visa C " court séjour " délivré par les autorités consulaires italiennes, a été interpellé et placé en retenue administrative par les services de la police aux frontières de Saint-Malo le 1er novembre 2023 pour vérification du droit au séjour. Par un arrêté pris à la même date, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris la décision d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Egypte comme pays de destination.

I - Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'obligation de quitter le territoire français mentionne les dispositions applicables dont notamment les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée mentionne les considérations de droit et de fait et est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté à l'égard de la décision contestée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

4. Si M. B soutient que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, de sorte qu'il ne peut utilement s'en prévaloir. Au demeurant, si le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ressort précisément des pièces du dossier, d'une part, qu'il a été auditionné par les services de la police aux frontières de Saint-Malo le 1er novembre 2023, de douze heures trente minutes à treize heures trente minutes, dans le cadre d'une procédure diligentée pour vérification du droit au séjour. Lors de cette audition, le requérant a été mis en mesure de formuler des observations sur l'éventualité d'une décision portant obligation quitter le territoire français. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est notamment appuyé sur l'audition de l'intéressé pour motiver sa décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, qui énonce de nombreux éléments relatifs à sa situation personnelle et professionnelle, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen effectif de sa situation particulière avant de prendre à son encontre la mesure contestée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant soutient que l'arrêté contesté pris en date du 1er novembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, si le requérant allègue vivre en concubinage depuis un an avec une ressortissante égyptienne titulaire d'une carte de résident, il ne justifie pas de la stabilité de cette relation, qui est en tout état de cause récente. D'autre part, si M. B allègue avoir tissé des liens amicaux et professionnels, il n'apporte pas suffisamment d'éléments de nature à établir une intégration poussée dans la société française ainsi que l'existence de liens d'une particulière intensité. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu de liens familiaux et amicaux en Egypte. Ainsi, une telle décision ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (). ".

9. En l'espèce, d'une part, M. B, qui n'a pas saisi l'autorité préfectorale d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour et, d'une manière générale, n'a accompli aucune démarche de régularisation depuis son entrée irrégulière sur le territoire français en juillet 2018, ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance par la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux décisions statuant sur les demandes d'admission exceptionnelle au séjour. D'autre part, si le requérant produit des documents attestant de sa présence sur le territoire national depuis au moins cinq années et apporte la preuve qu'il travaille irrégulièrement depuis le 1er avril 2021 en qualité de peintre-plaquiste, l'ensemble des éléments développés au point 7 ne suffisent pas à démontrer que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit-être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, le moyen tiré par un ressortissant étranger de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas le pays de destination.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. En l'espèce, si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations précitées, le requérant n'apporte, à l'occasion de la présente instance, aucun élément circonstancié ni aucune pièce justificative de nature à permettre de tenir pour établis les risques auxquels il serait actuellement et personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son agnosticisme, alors au surplus qu'il est constant que l'intéressé n'a formulé aucune demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, le moyen ainsi soulevé ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B réclame au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le magistrat désigné,

J. TRUILHELe greffier,

T. NEPOST

La République mande et ordonne au préfet de Bretagne, préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoi à l'exécution de la présente décision.

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