vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2314138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | BOUNDAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Boundaoui, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 392 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- l'article 6, paragraphe 2, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 a été méconnu ;
- la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 6, paragraphe 5, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'article 7, paragraphe b, et l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ont été méconnus.
- en ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français : elle est insuffisamment motivée ; elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour et une décision portant obligation de quitter le territoire français illégales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- dès lors que la situation des ressortissants algériens est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il doit être procédé à une substitution de base légale, en vertu de laquelle la décision doit être regardée comme ayant été prise sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Charageat a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 13 février 1986 à Blida, a déposé le 26 avril 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 22 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et relève notamment que Mme B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et que son intégration professionnelle ne lui permet pas de bénéficier d'une mesure de régularisation au titre du pouvoir discrétionnaire du préfet, expose avec une précision suffisante les éléments relatifs à la situation de la requérante pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité. En dépit de ce que soutient la requérante, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de faire figurer dans cet arrêté les informations qu'elle invoque. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations du paragraphe 2 de l'article 6 et de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait examiné d'office la demande de titre de séjour de la requérante sur le fondement de ces textes. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations ne peuvent qu'être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme B soutient qu'elle est de nouveau entrée sur le territoire français le 19 juin 2018, accompagnée de ses deux filles, que son époux, de nationalité française, séjourne en France, où résident également ses parents et ses deux sœurs, tous de nationalité française. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que la requérante résiderait habituellement en France depuis au plus tôt la date mentionnée ci-dessus, soit depuis l'âge de trente-deux ans, et qu'elle a vécu éloignée de ses parents et de ses sœurs jusqu'à la même date, ayant au demeurant été mariée avec un ressortissant algérien de 2008 à 2015. En outre, il ressort des pièces du dossier que ses deux filles ont débuté leur scolarité en France au cours de l'année 2016, soit avant que Mme B s'y installe de manière permanente. Enfin, à la date de l'arrêté attaqué Mme B ne peut se prévaloir de sa qualité de conjoint de ressortissant français, dès lors que le mariage qu'elle invoque est intervenu le 23 octobre 2023, soit après l'édiction de cet arrêté. Dans ces conditions elle n'établit pas que le centre de ses intérêts personnels et familiaux se situerait en France, ni qu'elle serait dans une situation d'isolement en Algérie, où d'ailleurs réside son frère. Par ailleurs, si Mme B établit être employée depuis le mois de juillet 2021 en qualité de vendeuse, cette activité, qu'elle exerce à mi-temps, et dont la durée effective n'aurait pas excédé cinq mois au cours de l'année 2022, ne révèle pas une insertion professionnelle significative. Il en va de même de l'emploi familial, assorti d'horaires réduits, qu'elle justifie avoir occupé au cours des années 2018 et 2019. Il suit de là que les décisions attaquées n'ont pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6, paragraphe 5, de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'Accord : () / b. Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c et d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".
7. Mme B ne conteste pas être entrée en France sans être munie d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait été dispensée de la détention d'un tel document, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 5, elle ne justifiait pas de la qualité de conjointe d'un ressortissant français à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement tirer les conséquences de la méconnaissance par la requérante de cette obligation et, ainsi, refuser pour ce seul motif, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de base légale sollicitée par le préfet de la Seine-Saint-Denis.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. Eu égard aux attaches familiales de la requérante en France, telles que mentionnées au point 5, la décision interdisant à celle-ci le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans est entachée d'erreur d'appréciation. Il suit ce là que cette décision est illégale pour ce motif et qu'elle doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 22 juin 2023 doit être annulé seulement en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées pour le surplus.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement n'implique pas de prononcer les mesures sollicitées, ni, en tout état de cause, une astreinte. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la requérante tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 22 juin 2023 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de Mme B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.
Le rapporteur,
D. Charageat
La présidente,
J. JimenezLe greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026