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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2314512

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2314512

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2314512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Singh, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 juillet 2023 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur de droit ;

En ce qui concerne les décisions faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 26 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 avril 2024.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny en date du 26 septembre 2023, Mme C n'a pas été admise à l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 3 janvier 1985, est entrée sur le territoire français le 2 août 2012 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 27 avril 2018, elle a été mise en possession d'un certificat de résidence en qualité d'étudiante régulièrement renouvelé jusqu'au 25 novembre 2021. Le 27 octobre 2021, Mme C a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 24 juillet 2023, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il est constant que Mme C est entrée régulièrement sur le territoire le 2 août 2012 et justifie de plus de 11 ans de présence à la date de la décision attaquée. Le 27 avril 2018, elle a été mise en possession d'un certificat de résidence en qualité d'étudiante régulièrement renouvelé jusqu'au 25 novembre 2021. Elle a épousé, en France, le 18 janvier 2020, un compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, valable jusqu'au 13 août 2030. Il ressort des pièces du dossier qu'un enfant est né de cette union le 16 juillet 2021 et qu'elle était enceinte de leur deuxième enfant à la date de la décision attaquée. Ce second enfant est né le 13 novembre 2023 sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée a obtenu avec succès une licence en " Lettres et langues " mention Langues étrangères appliquées parcours-type " anglais-arabe " au titre de l'année 2016/2017 et a validé sa première année de Master mention " traduction " au titre de l'année universitaire 2017/2018. Mme C travaille en vertu d'un contrat à durée indéterminée en qualité de réceptionniste pour le compte de la société " SNC Hôtel Gril de Bobigny et Cie " depuis le 2 octobre 2018. En outre, elle effectue régulièrement des missions d'interprétariat pour les besoins de la police judiciaire et des tribunaux pour enfants. Par ailleurs, la requérante justifie entretenir des liens intenses avec son frère et ses deux sœurs qui détiennent la nationalité française. Il s'ensuit, eu égard à sa durée de présence, à ses conditions de séjour et à l'intensité de ses attaches, que Mme C a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Le préfet du Nord, en refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Il y a lieu d'annuler, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles cette autorité lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord en date du 24 juillet 2023 implique nécessairement que cette autorité, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à Mme C un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, lui délivre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme C n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet du Nord) le versement à Mme C d'une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 24 juillet 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'État (préfet du Nord) versera à Mme C, une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

M. Caldoncelli-Vidal La présidente,

A-L. DelamarreLa greffière,

M. B La République mande et ordonne au préfet du Nord ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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