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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2314856

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2314856

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2314856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantLINDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2316506 du 12 décembre 2023, le premier vice-président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête présentée par M. B A.

Par cette requête - enregistrée le 8 décembre 2023 sous le n° 2316506, au greffe du tribunal administratif initialement saisi - M. A, représenté par Me Lindon, demande au président du Tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 22 novembre 2022, notifiée le 6 décembre 2023, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demande d'asile et un formulaire lui permettant d'introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ou bien de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lindon en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle et à lui-même en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est intervenu en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est intervenu en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable car elle est dirigée contre la prolongation du délai de transfert laquelle ne constitue pas une décision susceptible d'être déféré devant le juge administratif

- et à titre subsidiaire que les moyens de la requête sont infondés.

Par un nouveau mémoire, enregistré le 30 janvier 2024, M. A, représenté par Me Lindon, conclut en outre à l'annulation de la décision non datée de prolongation du délai de transfert révélée dans l'arrêté de placement en rétention du 6 décembre 2023.

Il soutient en outre que la décision de prolongation du délai de transfert:

- est entachée d'incompétence ;

- est irrégulière en l'absence de production de la déclaration de fuite ;

- la fuite n'est pas établie ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Lunshof pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lunshof qui informe en outre les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert celui-ci ayant été notifié le 22 décembre 2022 ;

- et les observations de Me Lindon, avocat de M. A, présent, qui maintient l'ensemble de ses conclusions et développe les mêmes moyens que ceux développés dans ses écritures à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision de prolongation du délai de transfert.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, a sollicité l'asile le 4 novembre 2022. Par un arrêté du 22 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsable d l'examen de sa demande d'asile. Le requérant ne s'étant pas présenté à ses convocations, selon l'autorité préfectorale, celle-ci a informé l'Espagne d'une prolongation du délai de transfert porté à dix-huit mois. Par la présente requête, M. A demande d'une part, l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son transfert aux autorités espagnoles, et d'autre part, l'annulation de la décision de prolongation du délai de transfert.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 742-3 peut, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de cette décision, en demander l'annulation au président du tribunal administratif. (/) L'étranger peut demander au président du tribunal ou au magistrat désigné par lui le concours d'un interprète. L'étranger est assisté de son conseil, s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office. " Aux termes du I de l'article R. 777-3-1 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions du I de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une décision de transfert fait courir un délai de quinze jours pour contester cette décision. " Aux termes de l'article R. 777-3-2 du même code : " Les délais de recours contentieux mentionnés à l'article R. 777-3-1 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ".

3.Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant que l'arrêté attaqué daté du 22 décembre 2022 a été notifié le même jour à M. A par le truchement d'un interprète de la société ISM en langue bambara. Les voies et délais de recours lui ont été notifiés par le même truchement, le même jour, en mentionnant qu'il disposait d'un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêté pour en demander l'annulation au tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Il est constant que la requête de M. A n'a été enregistrée au tribunal que le 8 décembre 2023 soit postérieurement au terme du délai de quinze jours imparti. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert ont été introduites tardivement, ne sont ainsi pas recevables et doivent par conséquent être rejetées.

4. En second lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

5. II résulte des dispositions citées au point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

6. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. L'étranger peut cependant demander à l'administration de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et saisir le juge d'un éventuel refus fondé sur l'absence d'expiration du délai de transfert, le cas échéant dans le cadre d'une instance de référé. Il lui est également loisible de contester l'existence d'une cause de prolongation à l'appui d'un recours dirigé contre une mesure prise en vue de l'exécution du transfert, telle qu'une assignation à résidence, ou d'une mesure tirant les conséquences du constat de la fuite, telle que la limitation ou la suspension des conditions matérielles d'accueil. Dans ces différentes hypothèses, l'étranger peut se prévaloir de l'expiration du délai de transfert.

7. En l'espèce, le requérant ne justifie, ni même n'allègue, avoir tenté de faire enregistrer sa demande d'asile en procédure normale auprès des services de la préfecture. Dès lors, le requérant, qui n'attaque explicitement que " la prolongation du délai de transfert ", ne justifie de l'existence d'aucune décision du préfet lui faisant grief, susceptible d'être déférée devant le juge de l'excès de pouvoir. Par suite, ainsi que le fait valoir le préfet, dont la fin de non-recevoir doit être accueillie, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision portant prolongation du délai de transfert sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La demande d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle est rejetée.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lindon et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. LunshofLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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